Difficile d’échapper à la vague de folk-horror et de witcheries ayant secoué le film de genre européen à la fin des années 60. Et si l’on cite, pas à tort, mais bien à travers, l’influence de The Wicker Man, de Robin Hardy (mais-vous-m’avez-dit-de-pas-dire…), il ne faudrait pas occulter le plus méconnu La nuit des maléfices, également connu sous les titres Blood on Satan’s Claws/Satan’s Skin, sans aucun doute le meilleur film du pépère Piers Haggard et un des plus grands films du genre à l’anglaise, fort éloigné pourtant des écuries de l’époque (Hammer, Amicus et la BBC). Un cauchemar cottage-core qui fait du bien par là où il passe, et qui en fera encore remuer plus d’un par ses atours subversifs.
Dans la gadoue britannique du 17ᵉ siècle, un jeune cultivateur découvre les restes d’une créature inhumaine: à peine le temps de prévenir monsieur le Juge, l’homme le plus rationnel de tout le comté, que la chose disparaît. Ce que personne, pas même le spectateur, ne pourra deviner, c’est l’impact mortel que causera cette découverte d’un autre type. Tout le long d’un premier quart d’heure voué au saint-frisson, un couple de jeunes mariés feront les frais d’une étrange présence dont les rares apparitions semblent provoquer une fièvre galopante. Et que dire des jeunes du coin qui désertent le catéchisme pour venir hanter les ruines au fond des bois, pour mieux se lancer dans de sombres cérémonies impies. Un mal poilu et griffu se met à circuler comme un virus, retournant les esprits et agrandissant un peu plus le score de mortalité de la région.
Tout est pervers, et c’est en cela qu’on s’incline devant ce «petit» grand film à l’exposition affolante, du visage mutin et inoubliable de Linda Hayden à ses séquences d’orgie adolescentes, jusqu’à la mise en scène et son manichéisme en trompe-l’œil, où le spectateur aura du mal à se ranger aussi bien du côté des envoûtés que du Juge incarné par Richard Wydmark, au rigorisme peu amical. N’est-ce pas lui d’ailleurs par qui les problèmes arrivent, refusant d’abord de se plier aux croyances locales et demandant dans un premier temps de «laisser accroître le mal»? Dans cette Angleterre pudibonde et misogyne, la folie libératrice des satanistes en pleine puberté tient de la réponse insolente à leurs aînées: et si au fond, ce combat entre la vieille garde et la nouvelle génération ne transposait pas les inquiétudes post-années 60? Celles de la peur d’une jeunesse avide et décadente qui viendrait enfin renverser la table. Jouissif donc, joyeusement frontal et puissamment inquiétant. J.M.
1h 37min / Epouvante-horreur, ThrillerDe Piers Haggard Par Robert Wynne, Piers Haggard Avec Patrick Wymark, Linda Hayden, Barry Andrews Titre original The Blood on Satan’s Claw |

1h 37min / Epouvante-horreur, Thriller