Rome, chaude et collante, devient un cimetière de suicidés. On accuse le soleil, trop fort, trop violent. Alors, on se tue de mille manières. Les morgues débordent, et Mimsy Farmer, dans la froideur poisseuse des salles gorgées de macchabées, voit ce que les autres ne voient pas. Elle s’imagine les corps nus et fissurés se lever de leur billard pour lui faire coucou, avant de se lancer dans quelques orgies mortes-vivantes. Comme dirait Anne Hidalgo à la gare de Saint-Vallier: « Ça va pas, quoi!« .
Voilà donc ce qui constitue l’introduction traumatisante de Frissons d’horreur aka Macchie Solari (en référence aux fameuses «tâches solaires»), avec ses mises à morts filmées comme dans un mondo et ses décédés grimaçants. À peine un an après le sublime Le parfum de la dame en noir, Mimsy Farmer endossait à nouveau la robe d’une héroïne frigide et tourmentée alors que tout tombe autour d’elle. Avec son insistance toute particulière sur les nombreux détails macabres (comme cette exposition où fleurissent les photos de mutilés) et les aléas entre polar glauque et psychodrame crapoteux (assailli par des visions de revenants et troublées par ses errances freudiennes, le personnage de Farmer n’arrive pas à satisfaire un Ray Lovelock langoureux), Frissons d’horreur rejoint aisément la classe des gialli «hors-normes», bien qu’il finisse par dévier du film de psychotic women-flick attendu pour revenir sur des bases plus classiques (machination, espionnage, objet d’art attirant toutes les convoitises…). Ce que les plus déviants d’entre nous pourront probablement bouder. Mais, ne serait-ce que pour son atmosphère moribonde, Macchie Solari laisse quelques petits coups de soleil, hantant par la partition inoubliable d’Ennio Morricone, tiraillé entre des plages mélancoliques et un main theme où des voix spectrales s’adonnent au plus obscur des plaisirs… ou peut-être aux plus grandes souffrances! J.M.
