[PARANO] Alain Robak, Yann Piquer, Anita Assal, Manuel Flèche, Sarah Levy & John Hudson, 1994

La bande de Adrénaline continue de faire de beaux cauchemars dans Parano, travaillant (en mieux) cette veine inquiétante où le tragique le dispute à l’insolite. Avec une merveille d’humour chaos, le sketch Sado et Maso Partent en Bateau

C’est le retour de la bande de Adrénaline, en grande forme. Par la grâce de moyens plus conséquents et d’associés prometteurs (Darius Khondji à la photo), le style se révèle nettement plus maîtrisé avec des sketchs plus longs, mieux écrits, bien mis en scène et beaucoup plus égaux entre eux. Et pour peu que vous cherchiez du chaos made in France, faites-vous plaisir. Chaque sketch possède une surprise qui surprend au moment où on s’y attend le moins. Les anecdotes les plus barrées qui constituent les petites histoires cauchemardesques (chaque sketch part d’un rêve ou d’une histoire arrivée à une belle sœur lointaine) sont racontées par un homme et une femme qui se rencontrent pour la première fois grâce aux petites annonces, prennent un café à la terrasse d’un bar et décident de se revoir autour d’un bon dîner chez lui. On comprend très vite que ce sont deux névrosés du sexe très bavards qui aiment plus parler de la bagatelle que la pratiquer. Ce liant principal où deux tocards nous racontent des histoires à dormir debout (mythomanie quand tu nous tiens) passe presque pour le seul écueil de Parano. A l’origine, le fil conducteur pour introduire chaque sketch devait être le court métrage Capitaine X, réalisé par Jan Kounen. Hélas, au dernier moment, l’addition du court de Kounen aux autres a été jugée trop violente et asphyxiante. A l’arrache, Alain Robak a fait comme il a pu pour recoller les morceaux en écrivant cette histoire de rencontre dans laquelle on doit se taper Gustave Parking.

Le défaut s’est transformé en qualité: Capitaine X est devenu un court métrage culte dont l’humour barbare préfigurait le talent du cinéaste sous-estimé et le liant de Robak est avec le recul un stratagème parfait pour mettre en valeur les autres sketches, tous anthologiques dans différentes cases (horreur, angoisse sourde, cartoon, parodie). Le sketch le plus marquant demeure Sado et Maso Partent en Bateau signé Alain Robak qui part d’une situation classique (un homme monte boire un verre chez la femme qu’il raccompagne). Or le monsieur découvre sous le visage de madame frivole, une timbrée adepte de sado-masochisme («je suis une vilaine, tu comprends»). Les deux amants d’un soir de pluie (Marisa Tomé et Jean-François Gallote, excellents) aiment à se faire du mal: poursuite à la hache digne d’un Shining du pauvre; découpage de chemise; salopage de nouveau papier peint; artillerie SM lourde (fouets, tenailles, masques, latex). Le réalisateur paraissait très inspiré. Et c’est avec regret qu’il n’ait pas continué dans cette voie.

Pour une peur psychologique, il faut chercher du côté de Déroute, de Yann Piquer et Sarah Levy, dans lequel un queutard quarantenaire (Patrick Bouchitey), taraudé par la jalousie, se trouve paumé avec sa copine allumeuse comme le diable sur une route de campagne qui les ramène toujours au même carrefour. Une sorte de point de non-retour purgatoire dont ils sont prisonniers. La manière dont Piquer accumule les détails (l’ambulance, le vieil homme sur son vélo, les arbres qui longent la route, le regard flippant de l’auto-stoppeur, la mélodie angoissante, les phrases répétées machinalement) marche. Tout s’imbrique pendant quinze minutes effrayantes. On retrouve un peu ce même style de peur sourde dans le premier sketch de Parano où un pyromane (Jean-François Stévenin) met le feu à une station-service tenue par un pauvre type (Jacques Villeret) qui saisit trop tard les noirs desseins dudit monsieur déprimé par une situation de famille flippante (la mère et la fille passent tels des fantômes dans la profondeur de champ).

Côté comédie, on peut s’amuser du segment avec Smaïn (son meilleur rôle, de loin) en livreur de pizzas accro à sa radio qui devient fou. Ou encore Joyeux anniversaire, ce sketch en apothéose final avec Alain Chabat en amant vindicatif qui revisite à sa manière Les Dents de la Mer en prenant ironiquement la démarche inverse: le danger ne vient pas du fond de la mer mais du ciel. Ce sketch, le plus représentatif de cette alternative humour-horreur, établit une relation avec l’histoire principale des deux anonymes qui se rencontrent.

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