[LE RÊVE DU SINGE FOU] Fernando Trueba, 1989

Dans les arcanes de la profession cinématographique, le roman, autant que le film, pose une question intéressante: comment parvient-on à faire un film chaos? À le financer? À l’écrire? Et surtout, comment on va au bout?

On ne peut décidément pas en vouloir au pourtant très sage Fernando Trueba d’avoir voulu adapter Le rêve du singe fou, roman gentiment chaos de Christopher Frank, à qui l’on devait La nuit Américaine (devenu L’important c’est d’aimer à l’écran) et L’année des méduses (Valérie Kaprisky seins nus à St Tropez avec Nina Hagen qui gueulait dans le fond). Un scénariste est précipité par son producteur soucieux dans les bras d’un réalisateur anglais ultra arty, qui cherche à livrer un long métrage entier avec une poignée d’idées poétiques sans queue ni tête en guise de point départ. La fausse bonne idée par excellence, sauf que notre brave scénariste semble à présent prisonnier d’une drôle de machination, doublée d’une obsession charnelle pour la frangine du réalisateur.

Fan du bouquin, Trueba tourne à Paris et invite un casting international totalement improbable et soooooo chaos : Daniel Ceccaldi qui parle américain comme une vache espagnole, Anémone en épouse divorcée, Miranda Richardson en agent sur roues et même Arielle Dombasle qui vient faire coucou (on adore). Le tout dominé par Jeff Goldblum, très concerné, peut-être même trop face à ce casting quand même pas super homogène. L’occasion de rappeler qu’entre La mouche et Jurassic Park, l’homme affichait un plan de carrière imprévisible, où s’entrechoquaient Julien Temple, Cyndi Lauper et Michel Blanc. Tout est possible, tout est chaos.

Pour en revenir au singe foufou, ce n’est pas la joie. Alors que le roman de Frank instaure un suspens pesant qu’on dévore en un tour de main, Trueba fait tout pour en conserver la substance mais pêche à saisir l’atmosphère paranoïaque, l’érotisme (loupé en partie parce que l’objet du désir ressemble à une animatrice de centre aérée), le bizarre. Voilà une histoire que Polanski, Zulawski ou De Palma auraient beaucoup aimé. Thriller pas clair, qui ne veut se placer dans aucune case, Le rêve du singe fou tente même une embardée assez curieuse dans le macabre, dans un final quand même déjà très fragile sur le papier. Mais affirmer que ça ne trotte pas dans la tête serait mentir… Little pretty chaos, quoi.

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