Quand on est cinéphile, il suffit de peu pour penser à Cujo en voyant un saint-bernard au bout d’une laisse ou à White Dog si on a la chance de croiser un berger-allemand blanc. Et si c’est un bull-terrier, c’est indubitablement Baxter qui vient frapper aux carreaux. Dénué de la rage meurtrière de ses deux camarades, il n’en reste pas moins le plus inquiétant des trois : peut-être parce que justement, on lui a donné la faculté d’articuler ses pensées tout le long de cette fable noire, prise en sandwich dans une très brève nouvelle vague du genre made in France à la fin des 80’s (Baby Blood, Adrenaline ou 3615 code père Noël). Pour un premier film, Jerôme Boivin ne faisait rien comme personne, comète chaos dans le ciel déjà un peu mou du cinéma français.
Sorti d’un refuge, le chien Baxter découvre le monde, se délecte d’odeurs, analyse ses interactions avec ses humains, questionne son utilité et ses instincts. Le toutou tentant à la gueule d’alien change de propriétaire et remonte les âges: une vieille dame digne qu’il pousse vers la déchéance, un jeune couple dont le nouveau-né va créer hélas quelques interférences, et enfin un nazillon sosie d’Antoine Doinel qui redonnera un sens SM à la vie du canin seul dans sa tête. Derrière la truffe, la voix de Maxime Leroux, éraillée et spectrale, achève un peu plus la bizarrerie de ce film inclassable, et dont le mélange de rigueur et de noirceur lui a épargné le poids des années. Il y aurait presque quelque chose d’achtung-achtung avant l’heure si le film n’osait pas déraper dans une poésie morbide à la lisière du fantastique, comme l’apparition fantomatique de Lisa Delamare ou cette conclusion troublante et magique.

