« Seven » avec Brad Pitt au cinéma : c’était il y a 20 ans…

Il y a 20 ans jour pour jour, sortait au cinéma « Seven » de David Fincher avec Brad Pitt, Morgan Freeman et Gwyneth Paltrow, film culte ayant marqué des générations entières de spectateurs. En guise d’anniversaire, nous avons demandé à plusieurs journalistes leurs souvenirs de la découverte de « Se7en ». Flashback.

Vous vous souvenez certainement tous du moment où vous avez découvert Seven, de David Fincher, en salles, lors d’une location au vidéoclub ou d’une diffusion TV. Sorti aux Etats-Unis le 22 septembre 1995, des mois avant sa sortie en France le 31 janvier 1996, ce thriller terrible avait mis les cinéphiles sens dessus dessous.

L’histoire : pour conclure sa carrière, l’inspecteur Somerset (Morgan Freeman) vieux flic blasé, tombe à sept jours de la retraite sur un criminel peu ordinaire. John Doe, c’est ainsi que se fait appeler l’assassin, a décidé de nettoyer la société des maux qui la rongent en commettant sept meurtres basés sur les sept péchés capitaux: la gourmandise, l’avarice, la paresse, l’orgueil, la luxure, l’envie et la colère. Flanqué d’un jeune partenaire (Brad Pitt), l’inspecteur va mener l’enquête direction l’enfer.

Le choc Seven, c’est il y a 20 ans. Aussi, pour fêter cet anniversaire, nous avons demandé à des journalistes cinéma émérites comment il l’a vécu et dans quelle mesure ce film avait bouleversé leur parcours de cinéphile. Soit, dans l’ordre des intervenants : Alexandre Poncet (journaliste « Mad Movies ») ; Jean-Jacky Goldberg (journaliste « Les Inrockuptibles ») ; Romain Burrel (journaliste ex-« Tétu »/ »Les Inrocks »/ »Rock & Folk ») ; Alex Masson (Journaliste « Radio Nova ») ; Stéphanie Belpêche (Journaliste JDD) ; Christophe Lemaire (Journaliste « Rock & Folk »)

Alexandre Poncet (journaliste « Mad Movies »)
« Dans la voiture qui me ramène chez moi, rien ne semble pouvoir briser un silence étouffant. Une heure après la projection de Seven, en ce 31 janvier 1996 glacial, aucun mot n’a encore été prononcé par qui que ce soit. Bien qu’annoncé dans les revues Impact et Mad Movies, le choc du film de David Fincher se sera montré particulièrement physique, me remuant dans mes tripes comme dans mon âme.

Mieux encore, l’œuvre est une véritable révélation, à la fois dans ses sublimes postulats de mise en scène (mélange d’esthétisme expressionniste et de jeu permanent sur le hors-champ) et dans le regard désabusé que Fincher pose sur l’avenir du monde. Noir ébène, inondé par une pluie incessante, Seven reste encore aujourd’hui une fable apocalyptique à la puissance inégalée. Si le scénario brillant d’Andrew Kevin Walker n’est pas étranger à cette réussite (les idées géniales fusent, du réveil soudain du paresseux à l’arrivée de John Doe dans le commissariat), chacun atteint ici un niveau d’excellence redoutable : Howard Shore à la musique, Dariusz Khondji au cadre, Kyle Cooper au design des génériques, Brad Pitt et Morgan Freeman dans leurs meilleurs rôles… Et bien sûr Fincher, dont la maîtrise éclate autant dans une scène de poursuite étourdissante que dans un climax effroyable, à l’horreur psychologique indélébile.

Début février 1996, une affiche de Seven était déjà accrochée au mur de ma chambre. Elève de première, j’entamais également la rédaction d’un fanzine presque entièrement consacré au long-métrage. Le CD de la bande originale ne contenant pas le morceau Closer de Nine Inch Nails, je parvenais à le dénicher en K7 audio pirate, et l’écoutais bientôt en boucle. Pour l’anecdote, Seven me fera acheter mon premier coffret VHS collector (contenant quelques photos promotionnelles, la bande-annonce et une featurette trop succincte), et l’un de mes tout premiers double-DVD. Une édition que je parviendrai à faire signer à Morgan Freeman en 2002, lors d’une de mes premières interviews professionnelles. Vingt ans plus tard, le culte que je voue au chef-d’œuvre de Fincher ne s’est pas effrité, son sens constant de l’expérimentation et ses enjeux thématiques n’ayant jamais été aussi d’actualité qu’aujourd’hui. Si certains classiques s’étiolent avec le temps, Seven, lui, paraît bel et bien increvable. »

Jean-Jacky Goldberg (journaliste « Les Inrockuptibles »)
‘Je n’ai pas aimé Seven à sa sortie, parce que Télérama (Pierre Murat) n’avait pas aimé. J’avais 14 ans, mes parents recevait le magazine à la maison, et je tenais leurs critiques ciné pour les tables de la loi, à l’époque. Tous mes potes avaient adoré (on avait été le voir ensemble à l’Olympia), et moi je passais pour le mec relou, l’intello qui trouvait que c’était «quand même vachement frimeur»… Je l’ai revu 15 ans plus tard, l’ai cette fois-ci apprécié, mais je peux pas dire que le film m’ait bouleversé. Il fallait l’aimer à 14 ans, basta. Je suis donc passé définitivement à côté de Seven à cause de Pierre Murat. Je ne lui ai toujours pas pardonné. »

Romain Burrel (journaliste ex-« Tétu »/ »Les Inrocks »/ »Rock & Folk »)
« Plus que le scénario touillant whodunit et buddy movie (le vieux enquêteur se colletant un nouvel équipier chien fou), c’est cette atmosphère pourrissante qui suinte de la pellicule qui m’a marqué. Pour moi Fincher est un cinéaste « atmosphérique ». Comme Carpenter. Une série comme True Detective ou le Gotham des Batman des Nolan doivent énormément à Se7en et à la photo poisseuse de Darius Khondji. Et ce que Fincher fait endurer à la beauté de Brad Pitt, sa constance à abîmer sa jolie gueule dans chacun de leurs films (oeil poché dans Fight Club, fossilisé dans Benjamin Button), m’amuse beaucoup. Quant aux génériques, selon moi ils comptent parmi les plus forts du cinéma. Surtout celui de fin, signé Kyle Cooper, monté à l’envers sur une musique de Bowie. »

Alex Masson (Journaliste « Radio Nova »)
« Pour moi le choc de Seven a été d’affirmer que le cinéma hollywoodien pouvait revenir en arrière, retourner à une tonalité adulte et sombre. Quelque chose qui n’était pas arrivé depuis certains Friedkin ou Le silence des agneaux, cette possibilité de tordre la routine des films policiers mainstream pour en faire une fable philosophique. Qu’elle soit plus ou moins couillonne (est-ce un film bigot ou sur les méfaits du puritanisme ?, Il faudrait demander à son scénariste que je soupçonne de mormonisme) n’est pas important. Bien plus l’idée de faire glisser un argument de buddy vers le film d’horreur psychologique, une version trash des whodunit à la Agatha Christie. En débarquant la même année qu’entre autres Batman Forever, Apollo 13 ou Pocahontas, modèles de formatage, Seven, cousin plus présentable d’un Henry portrait of a serial killer – après tout, ils racontent tous les deux une cohabitation au quotidien, ordinaire, avec le Mal- m’a rassuré. Je me souviens être sorti de son avant-première toulousaine et m’être retrouvé face à un autre journaliste effaré par ce qu’il venait de voir, lançant des « mais c’est pas possible de faire des films pareils! ». Et lui avoir répondu  » Va te faire foutre ! ». Seven et son nihilisme – même s’il est de pacotille – était de cet acabit : un revanche sur de lénifiantes bonne manières, la sortie d’un purgatoire de cinéma américain trop propre sur lui. Une libération donc. »

Stéphanie Belpêche (Journaliste JDD)
« J’ai toujours été fascinée par les histoires de tueurs en série. En 1991, premier choc à l’âge de 16 ans, avec Le Silence des Agneaux, de Jonathan Demme. J’étais très fière de présenter ma carte d’identité à l’entrée, le film étant interdit aux moins de 16 ans! En 1995, Seven, de David Fincher, m’a bouleversée de la même façon. Dès le générique de début, qui feuillette les pages des carnets de notes du psychopathe, John Doe. Pour moi, ce long métrage reste un classique du genre d’abord pour son sujet, l’expiation des péchés, traité lors de scènes graphiquement inoubliables, son scénario manipulateur, sa mise en scène d’une précision chirurgicale (la patte Fincher), l’interprétation saisissante de Kevin Spacey et du duo Brad Pitt – Morgan Freeman. »

Christophe Lemaire (Journaliste « Rock & Folk »)
« Je l’ai découvert en projection de presse. J’en avais déjà entendu parler par Christophe Gans qui, à l’époque, travaillait pour la Metropolitan. Il avait vu 20 minutes du film dans un marché du film et avait incité Samuel Hadida, patron de la Métropolitan, d’acheter tout de suite le film en distribution sur la foie de ces quelques images angoissantes. Lui même n’ayant pas vu à l’époque le film intégralement.Et le film a été un carton avec ses presque cinq millions d’entrées France.Quand je l’ai vu, j’ai été tout de suite happé et traumatisé par le générique de Kyle Cooper qui retranscrivait incroyablement l’ambiance morbide et fin de monde des deux heures à venir. David Fincher est, on le sait, un génie. Mais Seven reste pour moi son meilleur film. Un aller sans retour dans les abimes de l’enfer et des âmes torturées… »

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