Second long-métrage d’une réalisatrice inconnue au bataillon, 100 Nights of Hero avait tout pour passer sous les radars. C’était alors sans compter sur la hype d’un casting aussi inattendu que séduisant, de la plus chaos des popstars Charli XCX à la tête d’affiche de It Follows Maika Monroe, en passant par Nicholas Galitzine, Muscler de la future adaptation des « Maîtres de l’Univers ». Julia Jackman y déploie alors le récit de Cherry, épouse d’un châtelain qui parie à son ami Jérome son château si celui-ci parvient à séduire sa femme en 100 nuits. Une proposition imparfaite, originale, pop et chaotique sous bien des aspects.
Projet d’abord nébuleux, 100 Nights of Hero brille avant tout de son univers visuel assez unique. Tout y est baigné d’un vernis particulièrement plaisant en ce qu’il est assez unique, sorte de surbrillance laissant tout légèrement surexposé. Le film donne alors l’impression d’une collision entre esthétique passée, dont les couleurs bavent, et ultra moderne, non loin d’un dreamcore très internet. Le tout a parfois un rendu un petit peu carton pâte, plat de son artificialité, mais envoûte assez par la nature proprement poétique de ses images. Naît alors l’impression de voir des vitraux se mettre en mouvement, ou des séquences se dérouler sous l’eau tant l’image est souvent saisissante. Se heurtant à une caméra qu’un Lanthimos ne renierait pas tant tout est souvent fixe, étrangement composé, ce travail plastique rend autant le long-métrage accessible que compliqué à véritablement creuser. Son univers plastique séduisant et catchy au premier abord laisse régulièrement se questionner sur la cohérence réelle de l’univers, sur ce qui motive ses choix. Là est sans doute l’unique vraie limite du film, à savoir son manque d’organicité. La bizarrerie presque absurde qu’il déploie est souvent attachante, voire drôle, ou a minima intrigante, mais aussi souvent un frein à vraiment entrer dans le récit.
Celui-ci se suit sans déplaisir, certes, mais nécessairement un petit peu à distance de ses personnages, de leurs motivations et sensations. Le tout devient un petit peu redondant et programmatique, lorgnant parfois vers le court-métrage étiré. Ressort néanmoins du lot Hero, domestique sensible à l’évolution passionnante, de subalterne à maîtresse d’un récit qu’elle façonne, incarnant justement le pouvoir des histoires au cœur du geste. Les autres trajectoires de personnages restent, à défaut de touchantes, divertissantes, et d’autant plus passionnantes que limpides quant aux rapports de genres qu’elles charrient, au coeur du propos. L’absurdité de l’univers ici accessible, c’est celui de rapports de dominations genrées exacerbées. À deux doigts du réel, le masculin toxique devient d’autant plus abscons, absurde dans sa violence, au centre même de la mécanique de séduction. Il s’agit alors, pour Julia Jackman, d’y faire surgir la voix des subalternes, ici avant tout des femmes, par le pouvoir de la narration. Raconter, c’est s’inscrire dans l’histoire, exister de manière alternative. Métatextuellement pour sa réalisatrice, ou plus directement pour ses personnages, qui se content des histoires pour se divertir (ou se manipuler, ce qui revient au même), raconter devient un geste émancipateur. De codes archaïques hérités du grand récit patriarcal, l’expression par la narration se fait le moyen de se construire soi au travers de voix féminines, alternatives, de sorcières comme de réalisatrices.
Le geste n’a rien de révolutionnaire et se montre un petit peu théorique, autant que trop timide dans sa promesse queer, mais reste suffisamment bien mené pour réjouir. Freiné narrativement par son formalisme, dans l’époque comme l’étrange, 100 Nights of Hero n’en reste pas moins une jolie surprise, petit bonbon visuel riche d’un discours plus que bienvenu.
1h 32min | Fantastique, RomanceDe Julia Jackman | Par Julia Jackman Avec Emma Corrin, Nicholas Galitzine, Maika Monroe |
1h 32min | Fantastique, Romance

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