La meilleure chose que ce film a à offrir, c’est son titre. Ziam. Un petit calembour entre « zombie » et « Siam », l’ancien nom de la Thaïlande. Dix secondes de brainstorming, une frappe sur WordArt, et voilà : on a le pitch marketing. Dommage que tout ce qui suit ressemble à un best of de ce que le cinéma de genre post-apocalyptique fait de plus fainéant depuis quinze ans. À croire que le scénariste a écrit son script avec une IA qui n’a regardé que les pires épisodes de The Walking Dead.
On est en 2025, l’humanité est supposément au bord de l’extinction, et pourtant on continue à faire des films de zombies comme en 2004. On dirait que Ziam est sorti d’un laboratoire secret où on aurait injecté le génome de World War Z, un soupçon de Peninsula, et une overdose de clichés. Pire : on a tellement vu les mêmes scènes – la porte bloquée, l’immeuble à escalader, l’inévitable horde sur le toit avec hélicoptère en ligne de mire – qu’on ne réagit plus. C’est devenu comme un diaporama PowerPoint avec effets sanglants. Même les zombies semblent blasés.
Et puis il y a Singh. Le héros. Ancien combattant de muay thai reconverti en sauveur sentimental. Une armoire à glace mutique, regard de chien battu, et trois lignes de dialogue sur toute la durée du film – dont une pour dire « je dois la sauver ». On frôle le mime. Il traverse le chaos pour retrouver Rin, sa dulcinée, qui n’a d’ailleurs pas grand-chose à dire non plus, sinon pleurnicher sur son sort. Leur relation donne l’impression d’un mélodrame lycéen perdu au beau milieu d’un survival à la Resident Evil. Ajoutez à ça un gamin mal défini, mi-clown, mi-métaphore, qui se permet de ricaner face à un zombie en fauteuil roulant et vous obtenez un cocktail de gêne et d’incohérence.
Mais la vraie tragédie, c’est que Ziam prétend jouer dans la cour des grands. Nouvelle franchise, univers à construire, enjeux épiques… sauf que tout ça sonne creux. Visuellement, le film adopte cette palette monochrome déjà vue mille fois : jaune sale, gris terne, bleu nuit. L’esthétique Netflix générique par excellence. Et quand bien même la Thaïlande a un folklore, une mythologie, une tradition horrifique aussi riche que l’âge d’or du kaidan eiga japonais, rien ici ne vient l’illustrer. Pas un spectre, pas une légende urbaine. Zéro identité locale. On aurait pu être à Bangkok comme à Bucarest, à Séoul ou Seattle, c’est pareil.
Le cinéma thaïlandais a pourtant prouvé qu’il pouvait être drôle, cruel, poétique, furieusement inventif, parfois tout à la fois. Même ses zombédies récentes avaient plus de peps que cette tentative plate de blockbuster globalisé. On devine la stratégie : singer Hollywood, calquer les formules occidentales, faire oublier toute spécificité nationale. Résultat : un film thaïlandais qui n’a rien de thaïlandais, et encore moins d’intéressant. L’ombre du Dernier train pour Busan plane comme un fantôme moqueur sur cette production sans âme, qui croit qu’un plan-séquence et deux litres d’hémoglobine suffisent à construire une émotion.
En réalité, Ziam ressemble à ce moment embarrassant où un élève lit son exposé sans comprendre ce qu’il raconte. Il égrène les passages obligés du cahier des charges zombie : la mégacorporation cynique, l’antihéros rugueux, mais loyal, la copine fragile, mais courageuse, et bien sûr le cliffhanger final destiné à appâter pour un épisode deux. Un twist insipide, deux dialogues sur l’avenir du monde, et générique. Le tout sans la moindre tension dramatique. On ne sort pas frustré. On sort vide.
Alors non, Ziam ne mérite pas votre temps. Même les performances sont indigestes, mal dirigées, figées dans une dramaturgie de téléfilm. Le casting semble coincé dans un entre-deux, comme si on leur avait demandé d’osciller entre la pose badass et la détresse existentielle. Résultat : aucun rythme, aucun souffle, juste une série de scènes sans liant. Le comble ? Le film croit qu’il a quelque chose à dire. Sur la société, le capitalisme, la survie, l’amour… Mais il ne fait qu’ânonner des banalités déjà vues cent fois.
Ziam, c’est l’apocalypse version fast-food. Tiède, générique, aussitôt consommé, aussitôt oublié. Il y a pourtant sur Netflix une poignée de films thaïlandais autrement audacieux, ne manquez pas How to Make Millions Before Grandma Dies, vraiment. Quant à Ziam, s’il devait y avoir un second opus, on espère que ses créateurs se souviendront qu’un mort-vivant, c’est bien, mais qu’un film vivant, c’est mieux.


![[MEPHISTO] István Szabó, 1981](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2025/07/MEPHISTO-1068x601.jpg)
