
Des nénettes fortes et creepy vêtues de peaux de bêtes, du jamais vu depuis la collection automne/hiver 1999 d’Alexander McQueen, qui, sagace devant l’éternel, intitulait son défilé-happening «The Overlook » – suivez la lueur du liquide lacrymal givré de mes orbites. Car si vous trouviez le sort de nos gilettes jaunes jusque-là cruel, c’est que vous n’aviez pas vu arriver les joies hivernales «Please Dawn! Not on Christmas!»
Après la saison initiale, les spectateurs aussi auraient pu penser ne plus avoir grand-chose à se mettre sous la dent. Sachant qu’on leur avait assuré que cette escale prolongée dans la pampa n’avait laissé que quatre survivantes. Mais, tour de passe-passe scénaristique ou non (à vérifier pour les obsédés du faux raccord que l’on plaint) figurez-vous que d’autres membres de la sororité footballistique n’auront pas finies en méchoui. Et, c’est probablement pour le mieux, puisque deux personnages forts de la saison 1 se verront autorisé à prendre l’air hors des flashbacks from 1996. Et, le résultat de ce nouvel ajout « copines d’avant » s’avère fructueux en exotisme, puisque l’on tombe sur le débouché lesbian truckdriver on the lose pour l’une et leadeuse de culte – it’s not a cult we just dress all the same and never call the cops if anything goes wrong – pour la seconde.
On parle évidemment de notre petite chouchoutte Lottie, qui titillait éhontément notre paranormal-whore side comme il fallait avec ses intuitions toujours justes et ses skills de buttage d’ours sans ciller. D’autant qu’on nous la présentait comme une gamine sous traitement lourd depuis la petite enfance qui, faute de pouvoir renouveler son ordonnance dans les bois, recommençait à voir des trucs flippants. Sauf qu’ici, la série penche définitivement de ce côté de l’arc-en-ciel et le survival établi prend un tournant quasi-mystique, où les épreuves traversées ont une saveur de destinée. L’histoire viscérale remonte dans les mémoires et les systèmes nerveux pour agir les protagonistes, il y a encore peu bien en mal de formuler leurs passés. Le vernis qui camouflait la vérité finit de s’écailler et non-seulement, on discerne mieux les contours du «comment» de l’horreur, mais on renoue avec. Vous reprendrez bien une part.
On sentait déjà que l’irrationnel gagnait peu à peu du terrain dans la saison 1, mais ce n’est maintenant plus une option. Bien que l’on n’ait pas encore toutes les clés pour saisir cette intrigue de moins en moins secondaire, la deuxième saison dresse un pont entre ce que l’on sait du passé et du maintenant. Elle met en exergue cette chose indicible, inconcevable au point de se voir oblitérée par l’esprit de celles qui l’ont porté une fois rentrées au bercail. Un savoir primal, une communication transconsciente partagée à un niveau que la vie civilisée rend techniquement impossible depuis au moins les Lumières. Et, ça n’est certainement pas anodin si elles se réfèrent à l’entité/divinité qu’elles perçoivent depuis leur arrivée par le terme «wilderness» et plus rarement «darkness». Difficile toujours de déchiffrer ce que les auteurs essaient de nous dire ici, on pourrait même déceler une possible double critique du féminisme actuel avec d’un côté l’inaptitude à la vie de famille/de femme indépendante pour les personnages du récit au présent et de l’autre une escalade fusionnelle, cannibalique (xoxo Julia Kristeva) avec un féminin sacré du côté des ados perdues. Académiciennes à vos plumes.
Heureusement que l’on ne force pas le trait cogito ergo scum à ce point en disséminant les réflexions existentielles dans une chouette purée d’humour camp. L’arrivée successive des ex-besties au sein du spa-secte chapeauté par Lottie a de quoi faire glousser, avec notamment un épisode centré autour de Misty et de son passage forcé dans une cabine de privation sensorielle, qui l’oblige à desserrer les mâchoires pour ce qui semble être la première fois de sa vie, avant qu’elle nous embarque dans une comédie musicale dont Caligula, son perroquet charismatique et seul ami, est la star. Ces passages délirants soulignent plus ou moins gentiment le fait que ces quarantenaires sont chacune à leur manière en train de se reprendre perpétuellement le même mur dans la face. Parce qu’au fond, la «maison» qu’elles ont retrouvé, elles ne sont pas sûres d’y appartenir.
Alors, on renfile les masques que l’on croyait avoir battu à bon escient, pour se reconnaître l’une l’autre. Reconstituer la fresque, aussi laide soit-elle, pour en apprécier l’envergure. Des femmes, qui ont toutes continué de (sur)vivre après le drame, mais qui – c’est pour le moment la conclusion à laquelle on arrive – n’y sont pas parvenues aussi bien qu’elles l’auraient voulu. C’est la déduction que l’on pressent, que peut-être qu’elles n’en avaient tout compte fait pas envie. On s’arrête alors que le refoulé n’est plus qu’à son tour un lointain souvenir, les vivantes embrassant un retour à la pleine conscience sanguinaire, qui nous laisse attendre la suite qui sera on ne peut plus complexe à gérer. Are you happy now? G.C.D.