La voix du fond vous dira que Xanadu ne peut être aimé que par deux types de spectateurs: les fans d’Olivia Newton-John et ceux de ELO (le génial groupe Electric Light Orchestra). Les deux parties ne devaient pas être assez nombreuses au vu du flop historique du film… bien que la BO, elle, roula tranquillement sa bosse (les titres Magic et Xanadu furent des tubes). Un chemin taillé dans le sucre glace par la communauté gay permettra au film de devenir culte au fil des ans, même si sa réputation tenace de nanar cosmique lui colle parfois encore à la peau. Car oui, il est vrai que Xanadu est arrivé à un drôle de moment charnière. L’idée était de prolonger le revival de la comédie musicale (l’enchaînement du Rocky Horror Picture Show, Jesus-Christ Superstar, Grease ou Tommy n’y est clairement pas pour rien), provoquant une sérieuse séries de dommages collatéraux tels que The Apple, Can’t stop the music, Grease 2, Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band… On rangea bien sûr Xanadu dans le même tiroir que les concernés. XANADON’T disait-on même! Mais pour rétablir un tant soit peu la vérité, le film de Robert Greenwald compte bien trop de scènes réussies au premier degré pour être considéré comme un musical de caniveau.
Gringalet au charisme défaillant sorti des Guerriers de la Nuit, Michael Beck incarne un illustrateur malheureux considérant que son talent n’est pas à la hauteur des commandes qu’il exécute (on adore la modestie). Mais comme il a de la chance, une bande de muses vient de débarquer en ville, dont Kira, qui va tomber amoureux de lui et le mener vers un projet fou: la construction de Xanadu, vraisemblablement une… discothèque? Enfin bref, on s’en fout, envoyez la musique. Car l’histoire n’est évidemment pas l’intérêt de ce show son et lumières qui cherchait avant tout à capitaliser sur de la popularité en puissance d’Olivia Newton-John et de ELO, qui venaient quant à eux de renverser la table avec les fantastiques Out of the Blue et Discovery, le tout en cédant à la mode affolante du patin à roulettes et du roller-disco. Oui, ça roule partout tout le temps, on est libre et fou, et il fallait bien donner aux gens l’envie de rentabiliser le bidule du moment. C’était d’ailleurs aussi le cas un an plus tôt avec Roller Boogie, qui invitait Linda Blair à chausser ses patins. Du L.A hédoniste sur roues aux couleurs pétantes!
Tout dans Xanadu évoque la vision d’une décennie des années 80 qui venait à peine de commencer mais qu’on fantasmait déjà, sorte de condensé de liberté avant la frappe d’une guillotine nommée sida. Même sensation que devant Summer Lovers de Randal Kleiser (réalisateur de… Grease, oh ben tiens), où des américains découvraient l’amour libre sous le soleil grec. Ce mélange de turbo glucose, de romantisme paillette et de mélancolie à venir est évidemment superbement retranscrit par la BO de ELO, très en forme: le début de l’ère clip commence, et comme dans une réminiscence de Fantasia, on va courir chercher un Don Bluth débutant pour réaliser une courte scène d’animation démente, où les tourtereaux se courent après sous la forme d’animaux divers. Ce qui fait le sel de Xanadu, outre son abus d’effets visuels et sonores où ça brille et ça swingue partout, c’est aussi la présence d’un Gene Kelly pétant la forme en mécène goguenard, uniquement là pour ouvrir quelques numéros musicaux. Son ultime rôle au cinéma lui permet de tirer sa révérence à l’âge d’or de la comédie musicale dans un rituel de passation qui déborde de tous les côtés. Un fracas entre les époques trouvant alors son apogée dans une scène hallucinante où une chanson de swing vient à la rencontre du glam rock, les danseurs tirés à quatre épingles se mélangeant alors à une faune queer et multicolore. À rouler de plaisir. J.M.
| 1h 33min | Fantastique, Comédie musicale, Romance De Robert Greenwald | Par Richard Christian Danus, Marc Reid Rubel Avec Olivia Newton-John, Gene Kelly, Michael Beck |


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