« Wicked Games » de Ulrich Seidl: « Rimini » et « Sparta » réunis en un film

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Rimini et Sparta, deux films polémiques du réalisateur autrichien Ulrich Seidl, sortent séparément, mais aussi dans une version combinée et étendue du diptyque intitulée Wicked Games. Pour un résultat encore plus méchant.

Trois hommes. Deux frères et leur père, dont le passé les rattrape. Ancien crooner vedette, Richie Bravo poursuit sa gloire fanée dans une Rimini hivernale. Lorsque sa fille adulte réapparaît soudainement, réclamant de l’argent, le monde de Richie commence à s’effondrer. Son frère cadet Ewald, quant à lui, cherche à prendre un nouveau départ dans un coin reculé de Roumanie. Avec de jeunes garçons de la région, il transforme une école délabrée en forteresse, éveillant ainsi les soupçons des parents. Pendant ce temps-là dans une maison de retraite en Autriche, leur père tourne en rond. Il s’agit ni plus ni moins que de la réunion de deux films sulfureux du réalisateur autrichien Ulrich Seidl (Dog Days). Ceux qui connaissent les précédents films de ce réalisateur autrichien branché ciné achtung achtung (la trilogie Paradis, Import-Export…) le savent: son cinéma arpente des territoires tabous, des zones interdites, montre ce que les spectateurs lambda ne veulent pas voir. Pas tellement un miroir qu’un éclairage sur des monstres humains que l’on suit et qui confessent leurs pensées inavouables et/ou se comportent comme tels. Toujours, la frontière résolument floue entre ce qui révèle du documentaire et de la fiction ajoute une dimension foncièrement dérangeante. Rimini et Sparta, réunis en Wicked Games (titre référence au film de son ami Haneke?), n’échappent pas à la règle, suivant les trajectoires distinctes de deux frères s’étant retrouvés pour les funérailles de leur mère avant de se re-séparer (l’un dans sa station balnéaire italienne, l’autre en Roumanie).
Alors que Rimini est relativement passé sous le radar à sa sortie en France (euphémisme pour dire qu’il s’est banané avec seulement 779 entrées!!!), c’est Sparta qui n’a pas fait mieux au box-office (730 entrées!!!) et qui a fait doublement polémique: 1. pour son sujet d’un prof de judo qui tente de lutter contre ses tendances pédo en refaisant sa vie dans une région reculée de Roumanie 2. pour les accusations relayées par Der Spiegel révélant dans un long article que, lors du tournage, Seidl aurait exercé une pression psychologique sur des enfants et omis de dire aux parents que le film mettait en scène les tendances du personnage principal. En réaction, le cinéaste s’est fendu d’une réponse par communiqué: «Aucun enfant n’a été filmé nu dans une situation, une pose ou un contexte sexualisé (…) J’ai informé les parents de tout le contenu essentiel du film lors de nombreuses rencontres individuelles avec un traducteur avant le tournage».

Céder au visionnage peut légitimement plonger le spectateur dans un réel abîme de perplexité, avec des questions comme «le cinéaste a-t-il dirigé ces enfants dans le péril en évitant qu’ils n’entrent dans les zones interdites de l’exhibition et de l’obscénité?». À cela s’ajoute le tropisme autrichien qui pourrait éventuellement folkloriser ce bon gros malaise (le syndrome achtung achtung, donc). On peut aussi faire l’effort, et la provocation à notre tour, de présenter la chose différemment: Sparta dénonce un mécanisme de l’aveuglement contemporain quant à la maltraitance des enfants et le sentiment, suscité par la mise en scène, est avant tout celle d’un danger permanent. De quoi répondre à cette définition de ce que signifie filmer la monstruosité au cinéma: créer une fiction à laquelle on doit s’exposer comme à un danger. Un défi sans doute plus difficile à supporter aujourd’hui, où l’anodin peut faire polémique, qui ne saurait faire trembler son réalisateur et auquel a répondu, avec un courage inouï, l’acteur principal superstar en Autriche, Georg Friedrich. C’est visible via Damned Films. A.V.

Wicked Games, d'Ulrich Seidl – bande annonce from Damned Films on Vimeo.

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