Ce plaisir non dissimulé à voir des richous agoniser en stupeur et tremblements dans leur hôtel de luxe est devenu un rendez-vous incontournable grâce à ce félon de Mike White. Après Hawaï et l’Italie, cap cette fois sur la Thaïlande, terre de mysticisme et de débauche, pour la saison 3 de The White Lotus. Comme le départ de Jessica Lange dans American Horror Story, l’éviction de Jennifer Coolidge, icône indétrônable des deux premières saisons, donnait envie de se tortiller dans tous les sens : comment s’en relever ? L’héritage tragique de son personnage se prolonge malgré tout, avec deux revenants de la saison 1 (Belinda, la masseuse déçue, et Greg, le mari louche), mais pas de flashbacks qui tiennent : Jenny is definitely not on the block.
L’énorme lot de consolation tient à l’irruption de cette zinzin de Parker Posey, totem du ciné indé des années 90, qu’Ari Aster a eu bien raison de ramener en trombe dans son Beau Is Afraid. En matriarche d’une famille de dégénérés où flotte un parfum de consumérisme, d’anxiolytiques et d’inceste, elle a affolé les réseaux à grands coups d’accents sudistes et se garde les plus grands moments de la saison. Elle anime du même coup l’intrigue la plus « whitelotus » du lot, avec un conjoint au bord du suicide (Jason Isaacs, le stress fait homme), incapable d’annoncer à ses proches qu’ils vont tout perdre du jour au lendemain. L’occasion de refourguer deux nepo-babies : Sam Nivola, en benjamin transparent qui ne trouve jamais sa place, et Patrick Schwarzenegger, incarnation suprême du douchebag américain. En guise de teasing en bonne et due forme, ce fou furieux de Cristobal Tapia de Veer ouvre une fois de plus le bal avec un thème somptueux, d’une langueur qu’on imagine toute funeste, pour décorer la nouvelle fresque du générique, où des scènes de conflits barbares voisinent avec une mer trouble et hostile.
Avec l’ombre du thriller à l’horizon, émaillée d’arcs narratifs électriques (un braquage, une vengeance dans l’air, une introduction sur fond de fusillade), la saison délaisse un peu ses piques anti-bourgeoisie : White garde la volonté de mettre de l’eau dans son vin, traitant son petit monde entre tendresse et exaspération (comme avec le couple improbable Aimee Lou Wood / Walton Goggins, où une douce fêlée croit sauver un vieil enfant brisé), tout en gardant une main sur sa bouteille d’acide. Une sorte d’équilibre maintenu pour ne pas tomber dans du Östlund-like (et c’est tout à son honneur). Le final réserve justement une émotion généralement mise de côté par les saisons précédentes, en particulier via le monologue made in Carrie Coon (incroyable comme toujours), qui a su mettre tout le monde d’accord.
Plus gênant : on croise au fil de la saison des personnages purement cosmétiques ou mal employés (le couple de locaux, les mignons Tayme Thapthimthong et Lalisa Manobal ; Charlotte Le Bon en michto ; ou encore le gérant de l’hôtel incarné par Christian Friedel — la vomissure nazie de Zone of Interest — intéressant dans son contre-emploi, mais proprement inutile), et des montées en tension parfois vaines, quand elles ne sont pas sciemment frustrantes (l’intronisation d’une arme à feu qui retournera à son point de départ, entre autres). Mais le côté tape-à-l’œil et parfois rushé de The White Lotus n’a franchement rien de nouveau… Les retours assez froids sur cette saison, ni extraordinaire, ni ratée à vrai dire, surprennent un peu : Mike White continue son bonhomme de chemin et offre encore et toujours son petit soap tordu annuel, où le cynisme emporte tout comme la vague d’un tsunami.



