Wax Tailor, DJ: « Aujourd’hui je ne me refuse pas le plaisir simple d’un film-distraction »

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QUOI DE PLUS CHAOS QUE WAX TAILOR? Parce que quoi de plus chaos qu’un dealer de trip-hop ascendant cinéma. Parce qu’on écoute en boucle depuis une quasi-décennie ses Tales of the Forgotten Melodies zigzaguant entre trip-hop, hip-hop, down tempo, mixant musique noire américain et pop des sixties. Parce que Wax aime les répliques de cinéma et qu’il les remixe aussi, super bien. Parce qu’il s’est produit en formation symphonique (« Wax & The Phonovisions Symphonic Orchestra »), accompagné sur scène par près de 40 musiciens, 17 choristes et des guest, et que sur scène, c’est magique, c’est opératique, c’est fantastique. Parce que Wax a voyagé partout avec sa musique (Europe, Amérique du Nord, Amérique du Sud, Asie). Parce qu’écouter ses morceaux foudroyants de mélancolie, zébrés de bouts de cinéma, qui ressemblent aux choses étranges s’agitant dans nos têtes, donne envie de dimanche après-midi et de ciné-club sous la pluie. Parce que rien n’est plus chaos que la mélancolie. RIEN. Et puis parce que ça…

Quel est votre rapport au cinéma? 
Wax Tailor: J’ai, disons, un rapport de cinéphile «amateur». «Amateur» dans le sens où je ne suis pas un expert. Le cinéma reste une passion annexe que j’approche en néophyte. Mais c’est ce qui m’intéresse le plus après la musique.

Qu’est-ce que vous préférez au cinéma?
L’immersion, l’idée qu’on coupe avec l’extérieur. C’est un peu la même chose avec les salles de concerts mais c’est plus notable au cinéma rien qu’avec le terme de «salles obscures».

Quels sont les films qui ont marqué votre parcours de cinéphile par leur intensité ou par des séquences précises?
Il y en a beaucoup. J’aime des choses assez différentes. Plus jeune, j’étais peut-être un peu plus snob par réaction au cinéma grand public. Aujourd’hui je ne me refuse pas le plaisir simple d’un film «distraction». Mais, dans mon parcours, Charlie Chaplin a été important. C’est un peu comme la fondation avec sa capacité de synthèse, son regard, sa façon de passer de l’intime à l’universel, son sens de la mise en scène. Ensuite, il y a Stanley Kubrick qui tient une place à part. Pour moi, c’est l’artiste ultime dans son rapport à l’exigence. Je suis un grand fan de Woody Allen que je considère un peu comme Claude Chabrol en France, un artisan génial capable de proposer un film par an avec des chefs-d’œuvre, des grands films et quoi qu’il arrive des films touchants. J’aime beaucoup Alfred Hitchcock et un certain cinéma des années 50/60 qui avait cette capacité de proposer un cinéma populaire et exigeant. En fait, je suis plus enclin à citer des réalisateurs que des films ou des scènes parce que je suis sensible à leur démarche globale.

Vous aimez bien utilisé des répliques/extraits de films dans vos compositions (Docteur Folamour, Alice, Rencontre du troisième type…). D’où vient cette prédilection? 
Je ne sais pas. C’est présent depuis le début. J’aime bien l’évocation à travers la musique et je trouve que les dialogues prennent du relief quand on les dissocie de l’image, ça laisse plus d’espace à l’imaginaire.

In the Mood for Life, le titre d’un de vos albums, fait référence à Wong Kar-wai. Vous aimez?
Oui, j’aime son niveau d’exigence et le rendu à l’image qui est simplement magnifique. Wong Kar-Wai, c’est un peintre. Le titre de mon troisième album In The Mood For Life était en premier lieu le reflet de mon état d’esprit à cette période. Mais, clairement, il y avait un petit clin d’œil.

Vous est-il déjà arrivé de mettre vos propres morceaux sur des films?
Non, jamais. Par contre, il y a parfois des films que je trouve gâchés par la bande originale quand elle n’est pas à la hauteur. Inversement, il y a des vrais navets dont on ne garde en tête que la musique, notamment dans la blaxploitation des années 70.

Quels compositeurs de musique de film vous inspirent?
Bon nombre, mais si je devais retenir que trois noms, ce serait peut-être Ennio Morricone, John Barry et Lalo Schifrin.

Quels sont les films qui selon vous ressemblent le plus au trip-hop ou qui empruntent sa tonalité, son atmosphère, son spleen?
Ce serait un peu comme cette musique, pas un genre en particulier, plus un mélange de plein de choses, un peu d’ambiances des premiers Spike Lee, un peu de Hitchcock, des plans de Martin Scorsese. Pour la mélancolie, on pourrait aller chercher du côté de Limelight de Chaplin, un patchwork comme cette musique.

QUIZ CHAOS DU CINÉPHILE
Un film : Barry Lyndon
Une histoire d’amour : Splendor In The Grass
Un sourire : Celui de Jack Nicholson en Joker
Un regard : Lee Van Cleef
Un acteur : Marlon Brando
Une actrice : Audrey Hepburn
Un clown triste : Robin Williams
Un début : Reservoir Dogs
Une fin : Usual Suspects
Un coup de théâtre : Psycho
Un générique : Star Wars
Une scène clé : Le Parrain. La scène ou Michael Corleone décide de son destin.
Un plaisir coupable : Ghostbusters (à peine coupable)
Une révélation : Matthew McConaughey, sur le tard
Un gag : Take The Money & Run
Un fou rire : The Big Lebowski
Un film malade : Vol au-dessus d’un nid de coucou
Un rêve: Dans la peau John Malkovich
Une mort : Dancer In The Dark
Une rencontre d’acteur : Steve McQueen/Faye Dunaway (Thomas Crown Affair)
Une scène de cul : Les Valseuses
Une réplique: « You see, in this world there’s two kinds of people, my friend: Those with loaded guns and those who dig. You dig » (The Good, The Bad & The Ugly)
Un silence : 2001 : A Space Odyssey
Un plan séquence : La corde (Hitchcock)
Un choc : C’est arrivé près de chez vous
Un artiste sous-estimé : Vincent Gallo
Un traumatisme : Bernie
Un gâchis : Lars Von Trier depuis Antichrist, ça n’engage que moi! (NDR. Réponse la plus chaos du monde!)
Un souvenir de cinéma qui hante : Sweet Sixteen(Ken Loach)
Un film français : Un Singe En Hiver (Henri Verneuil)
Un réalisateur : Stanley Kubrick
Allez, un second : Martin Scorsese
Un fantasme : Sophia Loren dans les années 50/60
Un baiser : Breakfast at Tiffany’s
Une bande son : Bullit (Lalo Schiffrin) ou Ipcress File (John Barry)
Une chanson pour le cinéma (et qui n’apparait dans aucun film) : All Mine de Portishead Elle aurait pu faire un James Bond)
Une chanson de cinéma (et qui n’a jamais été mieux qu’au cinéma) : Somewhere Over The Rainbow (Le magicien d’Oz)
Un somnifère : Titanic
Un frisson : Titanic (une fois dans l’eau)
Un monstre : Elephant Man
Un torrent de larmes : Breaking The Waves

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