[Vus à L’Etrange Festival 2020] « Milla », « Fanny Lye Deliver’d », « Possessor »

Un western féministe par le réalisateur de l’ultraviolent The Great Ecstasy of Robert Carmichael (Fanny Lye Deliver’d); un film d’horreur par le fils de David Cronenberg (Possessor); un mélo pas comme les autres mais un peu quand même (Milla). Trois films vus à L’étrange Festival en 2020.

Fanny Lye Deliver’d de Thomas Clay
On ne savait pas trop ce qu’était devenu Thomas Clay, le réalisateur de cette foutue achtungachtunguerie de The Great Ectasy of Robert Camarchel qui avait terrifié la Croisette en 2006. Si ce n’est peut-être Soy Cowboy, un petit film passé inaperçu tourné en Thaïlande (pourquoi pas hein). Un peu ébranlé manifestement à la vision de The Favorite de Yorgos Lanthimos, Clay s’essaye à son tour au vrai/faux film historique féroce, avec sa famille de paysans ultra-puritains hébergeant un couple de païens tout feu tout flamme. L’idée est brillante, les images sont veloutées à souhait (un peu trop?), et puis on regarde pas mal sa montre. Beaucoup. Trop. Constat sans appel: malgré son féminisme bon teint, Fanny Lye Deliver’d échoue totalement dans sa tentative de fable sadienne (la représentation des corps ou de la sexualité étant aussi prudes que ses protagonistes principaux: un comble!) tout comme lorsqu’il saute à pied joint dans le western british dans l’espoir de sauver les meubles en dernier recours. Tragique malédiction des bonnes intentions qui ne font pas les meilleurs films…

Possessor de Brandon Cronenberg
C’est toujours un peu triste un fiston qui veut faire comme son papa: c’est facile, c’est petit, c’est prévisible. Etrangement très attendu au tournant, le résultat final de ce Possessor, second long-métrage du fiston Cronenberg, ressemble exactement à ce qu’il devait éviter à tout prix: une imitation vaseuse du cinéma de papa Crocro. Dans un futur triste à pleurer, une organisation secrète possède les corps pour mieux tuer. OK, on veut bien. L’esprit, la chair, le dedans, le dehors, vous connaissez le chemin. Alors que Jennifer Jason Leigh rempile dans un rôle de scientifique à deux doigts de s’endormir derrière le bureau, la prometteuse Andrea «Mandy» Riseborough traverse le film hagarde, entre deux mises à morts très gores, de plus en plus perdue dans le corps de son hôte, un Christopher Abott dont le sex-appeal est hélas loin d’être proportionnel à son jeu d’acteur. Tout est désincarné et pâteux dans ce long épisode de Black Mirror sinistre, au trouble foncièrement artificiel (voir cette scène de cul deux-en-un très intéressante sur le papier, pas du tout à l’écran). Allez Brandon, va falloir arrêter de faire comme Papa et passer à autre chose.

Milla de Shannon Murphy
Sorte de cousin punk de Mes étoiles contraires (le Love-Story des 2010’s) et de Ladybird, Milla aka Babyteeth veut bien faire les choses: parler d’une adolescente malade sur la sellette qui tombe enfin amoureuse, et de préférence d’un dealer un peu cracra qui s’agite dans tous les sens. Tout ça sous le regard inquiet de Papa (Ben Mendelsohn, tout en moustache), un psy intenable, et Maman (Essie «Babadook» Davis, très bien) qui se gave de médocs dans l’espoir d’oublier sa peine. Ni enfant ni femme, coincée entre un curieux entre-deux qu’elle cultive par la force de la perruque, l’héroïne tragique et sa destinée amère évitent tous les pièges: pas de pathos au bout du violon, de pose arty ou de carnage teenage. Seulement, malgré la sobriété de l’ensemble, Milla aka Babyteeth progresse sur un fil presque trop habile pour son bien: on rit peu, on ne s’émeut pas beaucoup. À force d’anticonformisme prudent, on ne décolle jamais.

Les articles les plus lus

CANNES 2024 – LES ETOILES DE LA CRITIQUE

PALMOMÈTRE! Voici la page de notre guerre des étoiles...

Pendant ce temps, Santiago Segura signe un démarrage spectaculaire en Espagne avec « Torrente presidente »

Torrente presidente, réalisé et interprété par Santiago Segura, a...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!