On en avait entendu parler, mais on ne savait même pas que c’était sorti: le documentaire Jeune cinéma revient sur la folle aventure d’un festival oublié qui n’avait pas peur de pratiquer le (douteux) mélange des genres et des influences qu’un site que vous connaissez bien affectionne tant… Le court docu d’Yves-Marie Mahé retrace l’histoire passionnante du festival éponyme qui s’est tenu dans le Var (à Hyères puis à Toulon, puis encore à Hyères) de 1965 à 1983, et qui était, après Cannes, le deuxième festival le plus important en France, programmant les premiers et deuxièmes films de cinéastes appelés à devenir les chouchous des manifestations concurrentes: Philippe Garrel, Chantal Akerman, Jean Eustache, André Delvaux, Luc Moullet, Leos Carax, Werner Schroeter et dans une moindre mesure l’ami Guy Gilles, pour ne citer qu’une petite partie du peloton…
Apparu après la Semaine de la critique, mais quelques années avant la naissance de la Quinzaine, le festival – moins endimanché que son rival cannois, à 120 km de là – va aussi montrer la fine fleur d’un cinéma subversif que certaines histoires du cinéma raccrochent à l’underground: Roland Lethem, Adolfo Arrieta, Jacques Robiolles, Lionel Soukaz, sans parler des nombreux inconnus du film dont nous n’avons même pas pensé à relever le nom et dont il est bien compliqué de retrouver la trace… Les délibérations du jury y étaient souvent accompagnées de broncas enfiévrées du public, à une époque bouillonnante où il était de bon ton de contester tout geste semblant provenir d’une institution. Traversé par certains visages qui ont fait des allers-retours entre un cinéma commercial et son arrière-cuisine marginale – Pierre Clémenti, Bulle Ogier, Bernadette Lafont – Jeune Cinéma donne évidemment la part belle à des titres de films appétissants, notamment L’enfant qui a pissé des paillettes (1977), dont on ose à peine inscrire le libellé dans une requête Google video.
Si le documentaire est contraint de bricoler joyeusement avec les moyens du bord – archives vidéo, radio, coupures presse et photos pas toujours retapées en HD, le tout légendé avec une typo jaunâtre qui ne ne vise clairement pas la surcouche esthétique! – il n’en reste pas moins indispensable à tout lecteur-collectionneur de ce site, pour qui le simple fait de dresser des listes de « pépites méconnues » est déjà un plaisir en soi. Pour les Parisiens, le film passe encore au Grand Action et à L’Archipel, à des horaires tout à fait incompatibles avec une vie de bureau… G.R.
