[VOX POPULI] « Southland Tales » : « Et si Richard Kelly avait tout compris avant tout le monde ? »

Notre lecteur Samy Hassan revient pour Chaos sur le film Southland Tales de Richard Kelly. Pour envoyer vos tops, vos critiques, vos avis, vos demandes etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

« Intéressant de se pencher sur cet OVNI cinématographique qu’est Southland Tales, film maudit et incompris, sorti il y a déjà 20 ans et annonçant pléthore de choses à venir. Commençons par son progéniteur, le jeune génie Richard Kelly, à qui l’on doit le très chaos Donnie Darko, sorte de rêve schizophrénique à la frontière de la satire sociale, du teenage movie, de l’horreur et du fantastique. Après un modeste succès en vidéo et surtout après avoir atteint le statut de film culte, Kelly avait presque carte blanche pour son prochain film. Mais les choses ne se passeront pas comme prévu… L’histoire du film se déroule dans un futur pas si lointain (voire même aujourd’hui, en fait, en regardant les actualités des dix dernières années), en plein début de Troisième Guerre mondiale après une attaque nucléaire en Californie, avec comme problématiques la pénurie de carburant, la création d’un générateur d’énergie inépuisable qui ralentit la rotation de la Terre, et surtout la stabilité mentale de ses habitants, ainsi que la lutte entre le pouvoir politique et militaire et des groupuscules néo-marxistes.

Le film s’étant fait lyncher lors de sa présentation au Festival de Cannes (trop tôt pour le montrer ?), il n’en reste pas moins une immense réussite. Notamment pour le plaisir de bousculer tous les stéréotypes du film de science-fiction et d’action, en particulier avec Dwayne Johnson en personnage complètement perdu et absurde. Kelly adore recycler des acteurs et actrices d’une génération pop fantasmée, avec la participation de l’ex-Buffy Sarah Michelle Gellar, un caméo de Kevin Smith (pour les nostalgiques de Clerks), voire des apparitions geeks assumées (coucou Christophe Lambert, 20 ans après Highlander !). On est plongé dans un univers kafkaïen peuplé de scientifiques bizarroïdes, décrivant un système politique et militaire beau en apparence mais rongé de l’intérieur (un peu comme la description du milieu du cinéma porno de la fin des années 70 dans le film choral Boogie Nights de Paul Thomas Anderson).

Il y a aussi un côté totalement hypnotique dans le choix de la musique, allant de la scène musicale avec Justin Timberlake (sur fond de All These Things That I’ve Done de The Killers) au long plan-séquence de l’énorme dirigeable sur fond de Forget Myself du groupe Elbow. Sans oublier la bande-son mélancolique de Moby et Muse. C’est la vie des Américains ou d’un star-system (tel un film de Robert Altman) qui se déploie à travers de longues scènes de discussions absurdes et tragi-comiques (comme dans un film de Quentin Tarantino), le tout dans une mise en scène prodigieuse et surréaliste, comme si Stanley Kubrick rencontrait David Lynch (la performance poétique de Rebekah Del Rio sur une version pour cordes de The Star-Spangled Banner). Au final, on est face à un film débridé, visionnaire, politiquement incorrect, nihiliste et fou. Et surtout profond et très complexe. Tellement complexe que Dwayne Johnson et Justin Timberlake ont reconnu en interview ne toujours pas comprendre de quoi parle le film. Tellement complexe et incompris qu’il a été un fiasco aux États-Unis (et qu’il a mis deux ans à sortir outre-Atlantique, seulement en DTV). Tellement complexe que Richard Kelly n’a réalisé qu’un seul film depuis (The Box). Tellement complexe qu’il continue de hanter encore et encore, et fascine toujours autant à chaque visionnage, notamment par son rapprochement avec le monde actuel. Et si Richard Kelly avait tout compris avant tout le monde ?

Si vous avez aimé ce film, vous aimerez sûrement : Idiocracy, Donnie Darko, Mulholland Drive, Lost Highway, les films de Gregg Araki, Boogie Nights, Short Cuts, The Player, Blue Velvet, Pulp Fiction, Total Recall, Don’t Look Up, Megalopolis. »

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