[VOX POPULI] « Riddle of fire » de Weston Razooli : « Le film de bambins le plus chaos de 2024 »

Notre lecteur Léo Zambelli revient pour Chaos sur le film Riddle of fire de Weston Razooli. Pour envoyer vos tops, vos critiques, vos avis, vos demandes etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

« Après un passage par la Quinzaine des Cinéastes de l’édition 2023 du Festival de Cannes, Riddle of Fire, le premier long métrage de Weston Razooli avait de quoi susciter la curiosité des spectateurs avec sa promesse de livrer un vrai film d’aventure familial original et atypique. Le film apparaissait alors comme une aubaine au vu de l’état actuel du cinéma familial (ou plus familièrement « pour enfants ») grand public. Celui-ci, sauf pour de rares exceptions (les films Paddington en sont un exemple) se limite dans l’ensemble à des productions consensuelles et formatées. Le caractère cynique de ces films étant sans aucun doute leur aspect le plus irritant, notamment dans leur façon d’infantiliser leur public cible.
Si on pouvait craindre que Riddle of Fire soit la sensation indé typique de festival un peu faiblarde une fois sortie officiellement, il n’en est rien, car il s’agit bien de l’un des meilleurs films familiaux de 2024, à qui la sortie très confidentielle n’a pas rendu justice. Bref, il est temps de revenir sur le film de bambins le plus chaos de 2024 !

Riddle of Fire s’articule autour d’une quête on ne peut plus banale (bien que vraiment singulière en comparaison aux films du genre) : trois enfants doivent trouver un œuf tacheté pour confectionner une tarte aux myrtilles à leur mère grippée, en échange de quoi ils auront les codes de la télévision pour jouer à une console de jeux vidéo récemment dérobée. Toute la note d’intention du film tient dans cette prémisse : pas besoin de multivers ou d’univers fantasmagoriques désincarnés pour mettre en place une véritable aventure, celle-ci prendra racine dans la banalité du quotidien. La force de Razooli est finalement d’enchanter cette banalité grâce à un ludisme permanent aussi bien dans son écriture que dans sa mise en scène. Ainsi, les smartphones deviennent des caméras « espion », la vieille pâtissière une gentille sorcière et la confrontation avec une bande de hippies une véritable partie de jeu de rôles.

Cette transformation de la réalité se manifestera de façon encore plus poussée lorsque le film bascule totalement dans le merveilleux après la rencontre des trois protagonistes avec une bande d’hippies ésotériques (et de la fille de leur cheffe aux dons féériques). Ce changement de registre pouvait faire craindre une rupture qui fragiliserait trop l’homogénéité du film, jusqu’à là irréprochable mais c’est finalement tout l’inverse qui se produit. Le réalisateur continue de croire pleinement en ses personnages et son univers (chose qui fait défaut aux autres films du genre qui basculent parfois dans un certain je-m’en-foutisme passé un certain point) tout en gardant un décalage assez réjouissant et jamais lourd. Ainsi, le film sonne juste aussi bien lors des moments de tension ou d’émotion, que lors des passages comiques.

Si l’aventure au cœur du film est en premier lieu plutôt conventionnelle dans sa progression, elle va vite sortir des sentiers battus pour adopter une structure vraiment éloignée de la quête initiatique rectiligne : celle de l’errance. Le mot peut paraître lourd mais oui, la quête au cœur du film est basée sur l’errance, les détours, les rencontres impromptues. Cette structure finalement beaucoup plus libre va permettre au film de pleinement se déployer, notamment dans sa façon à capter de l’atmosphère de lieux variés, hautement cinégéniques (et typiques de l’imaginaire américain), que la superbe photo en 16mm et le sens indéniable du cadrage du cinéaste retranscrivent à merveille. Si le film est un peu critiqué pour son rythme plus inégal passé la première heure, il permet cependant d’offrir des respirations bienvenues au récit sous la forme de véritables moments suspendus, mis en scène avec une grande justesse.

Le deuxième gros doigt d’honneur adressé aux productions bas de gamme du genre est d’assumer la présence d’éléments que l’on n’attendrait pas dans un film pour enfants (aux familles les plus méfiantes qui lisent cet article, ça reste family friendly promis, c’est seulement PG-13). Donc, oui, il y a un gamin alcoolisé à un moment, des menaces plutôt violentes, ça jure et nos protagonistes finissent même dans un night-club ! Tout cela pourrait paraître lourd hors contexte, mais finalement le réalisateur gère de façon cohérente l’inclusion de ces éléments pour renforcer l’atmosphère décalée du film, qui amusera aussi bien les enfants que les adultes.

Pour en revenir à ce qui a été dit en introduction, en plus de toutes les qualités précédemment citées, c’est son absence de cynisme et sa sincérité la plus totale qui en font une véritable réussite dans le genre. Sa singularité n’est pas excluante, car le film parvient à parler aussi bien aux enfants qu’aux adultes. Les plus jeunes s’attacheront aux facilement aux 3 (puis 4) protagonistes auxquels ils peuvent aisément s’identifier, en plus du fait que les thèmes abordés fassent globalement écho aux préoccupations des enfants, à savoir le jeu, le désir d’aventure ou encore l’amitié (voire l’acceptation de l’autre). Les adultes quant à eux pourront aussi trouver un intérêt dans le film (en plus de retomber en enfance pendant 1h50), notamment dans son décalage absurde et aussi dans les questionnements autour de la parentalité amenés par les personnages adultes du film (qui ne sont pas nécessairement au second plan ou relégués au rang d’antagonistes).
Là où le cinéaste est aussi plutôt intelligent, c’est qu’il ne vient pas convoquer des références plutôt balourdes pour s’adresser aux enfants et aux adultes, il cherche plutôt à jouer avec des codes communs aux deux générations (ceux du jeu vidéo/jeu de rôle et du conte en particulier).

Riddle of Fire, en plus d’être un vrai bon film familial, est une excellente porte d’entrée pour les plus jeunes vers un certain cinéma indépendant atypique, donc maintenant que le film est plus largement disponible grâce à la VOD/sortie vidéo, pourquoi s’en priver ? »

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