[VOX POPULI] « Beau is Afraid » de Ari Aster est en réalité très proche de « Truman Show » de Peter Weir

Notre lecteur Thierry Vézier revient lui aussi pour Chaos sur le film Beau is Afraid de Ari Aster et répond à notre précédent Vox Populi sur ce film qui n’en finit pas de nourrir des discussions, cette fois capture d’écran à l’appui. Tant mieux ! Pour envoyer vos tops, vos critiques, vos avis, vos demandes etc., une seule adresse: redaction@chaosreign.fr

« Quelle joie de lire sur ce site que je ne suis pas le seul à repenser à ce film et à y avoir perçu la même chose : un remake de Truman Show ! Car oui pour moi, Beau is Afraid de Ari Aster est en réalité très proche du Truman Show de Peter Weir et le malaise est palpable en réalité dès les premières secondes mais ça, comme dit par le lecteur, on ne le comprend qu’au bout de nombreux visionnages ! Après les logos habituels de production apparaît un autre emblème, inconnu : celui de la Mona Wassermann Corporation. Ce détail change tout !

Mona ne contrôle pas seulement la vie de Beau, elle semble contrôler le film lui-même, et, par extension, nous, spectateurs.

Comme dans The Truman Show, le protagoniste évolue dans un monde qui paraît réel mais qui pourrait n’être qu’un décor gigantesque orchestré par une autorité invisible. Sauf qu’ici, ce « show » n’a rien de lumineux ni de bienveillant : c’est un dispositif de surveillance affective, fondé sur la culpabilité et la peur.

Dès l’ouverture, un battement de cœur résonne dans le noir. Le programme est clair : provoquer l’angoisse physiquement et dès la naissance. Quand Beau rentre chez lui et découvre un avertissement au sujet d’araignées recluses brunes, venimeuses mais peu agressives, l’image agit comme une métaphore parfaite de l’anxiété : une menace diffuse, tapie, rarement visible mais toujours prête à mordre. À partir de là, Ari Aster tisse un cauchemar kafkaïen saturé de signes anxiogènes. Ceux de la Mona Wassermann Corporation, entreprise sécuritaire qui exploite l’image de Beau et qui l’exploite tout court comme un enfant-produit.

Le sens exact de chaque symbole importe moins qu’une évidence centrale : le film dissèque le traumatisme générationnel. Mona, marquée par une mère froide et avare d’amour, a juré d’être l’opposée avec son fils. Elle y parvient… de la pire façon. Son amour devient étouffement, son souci protection devient manipulation. Le monde de Beau, réel ou perçu, prend alors la forme d’un Truman Show psychologique : chaque événement semble arrangé, chaque rencontre suspecte, chaque épreuve potentiellement mise en scène par une mère omniprésente.

Mona lui a inculqué très tôt que le sexe mène à la mort, liant désir, honte et terreur. Le film multiplie ainsi les images sexuelles grotesques ou menaçantes, comme si l’inconscient de Beau débordait dans le décor même. Parallèlement, la culpabilité maternelle le poursuit sans relâche : il est toujours en tort, toujours en retard, toujours insuffisant.

Lorsque Mona « meurt » et que Beau tente de rentrer pour ses funérailles, le récit adopte une structure simple : un homme veut rentrer chez lui. Mais, à la manière de Truman cherchant la sortie de son studio géant, chaque pas est entravé par un monde qui semble conspirer contre lui. Tâche banale, obstacles absurdes, impression constante que la réalité elle-même est truquée. Et comme dans Truman Show, certains essayent de le prévenir…

Le film ne parle donc pas seulement d’anxiété : il est l’anxiété. Il ne cherche pas à être entièrement compris, parce que l’angoisse ne l’est jamais. Comme Truman face aux fissures de son univers, Beau perçoit que quelque chose cloche, mais ici, la révélation n’apporte aucune libération cathartique, seulement un vertige plus profond. À savoir que tout était bidon depuis le début, comme le révèle ce plan avec le portrait de la mère regroupant toutes les personnes vues depuis le début, bossant tous pour l’entreprise sécuritaire de la mère !

C’est une immersion sensorielle dans l’esprit d’un homme façonné par la peur. Le titre est littéral : Beau a peur de tout. Et pendant trois heures passées à voir le monde à travers ses yeux, nous aussi. Et la fin qui dévoile pot aux roses devient l’inverse de Truman dans Truman Show qui a la possibilité de s’échapper de son monde factice, Beau s’y noie. »

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