« Vital » de Shinya Tsukamoto, inédit en France, en Import Zone 2

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Le tant attendu Vital de Shinya Tsukamoto sortira en dvd au mois de février en zone 2 chez Tartan Video. C’est le temps de faire le point sur le dernier bébé maudit du révolutionnaire cinéaste nippon.

Toujours inédit dans les salles hexagonales, Vital appuie, à l’instar du maudit – et lui aussi inédit en France – Snake of June, la singularité d’un cinéaste révolutionnaire qui a inspiré un bon nombre de cinéastes actuels, de Darren Aronofsky (Pi) à David Fincher (Fight Club), pour citer les plus célèbres. Pourtant – et Vital confirme cette impression -, on commence de plus en plus à l’assimiler à un Cronenberg perdu au pays du soleil levant. Après un tragique accident qui lui a enlevé sa fiancée, Hiroshi Takagi a perdu la mémoire. Seule lui reste sa passion pour la médecine. Il entame alors des études dans la voie médicale, mais se retrouve confronté au corps de son amie sur la table de dissection. Ce n’est une surprise pour personne : Shynia Tsukamoto a toujours confié l’envie de changer de registre après A snake of June, faux film mineur s’il en est. En effet, Vital s’impose comme une expérience qui témoigne une envie de révolutionner les codes et les genres. Et corrélat les conventions du cinéaste. Ce qui peut légitimement faire peur aux fans irréductibles.

Vital est à Shinya Tsukamoto ce que Angel Dust est à Sogo Ishii : des films plus anxiogènes qui traduisent une fausse placidité en même temps qu’un contraste avec leurs oeuvres de départ (Tetsuo pour Tsukamoto ; Electric 800 000 V pour Ishii). A l’intérieur, c’est le chaos et la confusion artistiques qui règnent en maître. Vital est surtout un film très inquiétant à la fois pour ce qu’il montre (une atmosphère torve et étrange qui parcourt le film d’un bout à l’autre) et ce qu’il laisse entendre. Tsukamoto confirme de manière très précise son admiration pour le cinéma de David Cronenberg dont la filmo semble emprunter le même parcours filmique avec des films moins agressifs et de plus en plus épurés. Vital est en quelque sorte un nouveau Crash. Libre à chacun d’en tirer les conclusions qu’il veut. Le sujet (l’acceptation du deuil et la difficulté d’apprendre à vivre avec un fantôme d’amour) n’est pas nouveau mais le cinéaste y greffe une troublante réflexion organique sur la redécouverte de l’individu à travers son corps défunt. Dans le rôle principal, Tadanobu Asano, récemment vu dans l’excellent Taste of tea, se fond dans le trip en arborant la mine décalquée d’un homme qui n’accepte la mort de sa conjointe et affiche un mutisme de circonstance. Il rappelle, de la même façon que Kitano, que c’est en en faisant le moins possible qu’on arrive à transmettre des sensations intérieures très fortes.

Pour certains, Vital risque d’être perçu comme le film de la maturité mais la réjouissance ne sera pas unanime. Ce changement peut laisser perplexe tout en constituant une expérience nouvelle. Si, certes, Tsukamoto semble fasciné par le sujet qu’il traite, il n’en explore que partiellement le potentiel. Vital est donc ça : un film imparfait et bancal, visuellement chiadé avec un recours aux filtres judicieux, des cadrages nets et des mouvements de caméra impressionnants, un chouia redondant. Sa virtuosité formelle rime finalement plus avec préciosité : il signe des plans très beaux qui hélas ne font que trahir un certain manque de substance (l’accumulation de flash-backs dans la seconde partie manque de souplesse en même temps que les dialogues très écrits). Le film gagne juste en émotion dans ses cinq dernières minutes avec un dernier plan, remarquable. En triturant le physique et la métaphysique, Tsukamoto semble faire son deuil en même temps que le protagoniste. Histoire de se faire une peau neuve et de tirer un trait sur le passé. Certains trouveront ce trait trop brutal ; d’autres trouveront au contraire ce geste merveilleux.

Le film bénéficiera d’un format 16/9 4:3 avec des pistes audio DD 5.1 et DTS 5.1 surround. La liste des bonus obstétricaux ci-dessous :

  • Commentaire de Tom Mes, auteur de livres sur Takashi Miike et Shinya Tsukamoto
  • Interview de Shinya Tsukamoto
  • Questions réponses avec l’équipe et les acteurs
  • Documentaire derrière les scènes
  • Featurettes
  • Clip : Cocco : Blue Bird
  • Première mondiale
  • Sortie : 20 février 2006

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