Redécouverte ce mardi soir au FEMA de la Rochelle – sur l’immense écran de la Coursive et avec Alexandra Stewart non loin de nous – d’un Bardot movie disparu des radars depuis 30 ans!
Co-écrit avec Jean-Paul Rappeneau, Vie privée raconte la traque d’un jeune danseuse portant la choucroute et élevée à l’abri du besoin, qui devient une sorte de phénomène médiatique lorsqu’elle débarque à Paris (statut qui entrave toute relation amoureuse digne de ce nom, son amour avec un beau Marcello Mastroianni doublé en VF étant proprement condamné à une exposition publique peu conciliable avec l’idée d’intimité). Toute ressemblance avec une actrice réelle est évidemment fortuite puisque le film décline en temps réel ce qu’est le mythe Bardot, à une époque où elle dépasse en notoriété le Général de Gaulle, et dans un temps où le pays fer de lance des 30 Glorieuses n’a pas encore amorcé sa révolution sexuelle (BB, deux initiales synonymes de SKANDALLLL). On connaissait le docu-vérité cherchant à faire disparaître toute trace d’artifice dans le cadre.
Voici, un an avant le doc de Rozier sur le tournage du Mépris, le tout premier docu-papparazé, stylisé comme jamais (montage de frappadingue assez agressif, nourri à d’étranges fondus au noir, qui restitue comme rarement l’effet du flash photographique) portant sur une véritable personnage: le dossier de presse mentionne bien que composer un rôle pour Bardot n’a évidemment pas de sens, puisque le personnage est déjà là, sous nos yeux, sur toutes les couvertures de Paris-Match, de Jours de France et de France Dimanche! Le film reprend quasi à l’identique des fragments déjà subis par la vraie Brigitte, et notamment une scène de traquenard dans l’ascenseur où une femme de chambre reconnaît l’actrice et se met à lui reprocher violemment sa petite vertu (dans un temps trouble où la France d’en bas est empêtrée dans les événements d’Algérie) avant de quasiment en venir aux mains. Le film, qui a délibérément fait le choix de virer Roger Vadim de l’équation, anticipe d’une drôle de manière la montée des marches de 1967 où Bardot manque de s’étouffer faute d’espace aux bras de son second mari Gunther Sachs.
Vie privée est aussi une réunion démente de talents à faire frémir toute fiche technique Unifrance: Christine Gouze-Rénal à la production, Bernard Evein à la direction artistique, et le big boss Henri Decaë à la photo: quand le film pose ses valises à Spolète, au plein cœur de l’Italie, difficile de ne pas penser à Plein soleil… Comme souvent chez Malle, les seconds rôles parlent un Français mi-intello mi-gouailleur qui fait mouche à chaque prise de parole: le Chaos vous invite chaudement à aller découvrir ça en salle, sur une copie 4K restaurée par l’heureuse doublette Gaumont/Malavida! G.R.
