EXCLU CHAOS – Regardez « Fou de bassan » de Yann Gonzalez

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Découvrez le court métrage Fou de Bassan de Yann Gonzalez, diffusé en exclusivité sur Chaos. Un cadeau de Noël offert par le réalisateur, le groupe Jita Sensation et votre rédaction chérie.

En pleine parenthèse de pandémie, Yann Gonzalez avait filmé l’année dernière une très courte bande-annonce pour le festival des Ecrans Mixtes, comme une invitation à se redécouvrir après des mois entiers d’une pâleur mortelle. Il fallait bien sûr qu’il pousse le bouchon plus loin encore, qu’il filme encore d’autres retrouvailles, d’autres désirs réunis au coin d’une ruelle. Parce qu’on en a bien besoin, et plus particulièrement en plein âge des ténèbres. D’où l’exécution d’une belle commande pour le duo de musiciens de Jita Sensation, qui lui ont laissé l’occasion d’illustrer leur morceau Fou de Bassan. Peu tonitruant, vaporeux et opaque comme une brume: un court instant où un saxo sexy s’affole dans le lointain, comme la bande-son d’un néo-noir qui se péterait la gueule sans rien dire. Comme une fascination vénéneuse qui ne ferait que passer. Un jazz armé d’un cran d’arrêt.

Sur ces quelques petites minutes traversées par un vent étrange, le réalisateur d’Un couteau dans le coeur imagine de nouvelles Rencontres d’après-minuit et replace l’imaginaire lesbien sur l’échiquier du rêve et de la douce provocation, comme avaient pu le faire autrefois des réalisatrices telles que Ulrich Ottiger, Monika Treut ou Cleo Übelmann. C’est ainsi qu’il observe le cruising gay par le prisme d’un reflet inversé: les gitons, les loulous, les barbes brunes et les dalleux du soir ont laissé place à des avatars féminins, tripotées de butch, de sirènes, de gourmandes et de félines, jeunes ou moins jeunes, cis, trans ou non-binaires. Si Lesbos serait une ville, elle nous serait contée ici bas. Un ballet de cuir, de tétons et de langues le temps d’une nuit de la pleine lune où tout est faux, mais où tout est plus beau que le vrai.

C’est un peu La cité des femmes de Federico Fellini parasité par les vibes d’un Stephen Sayadian, soit deux grands cinéastes qui aimaient à détourner les perverses attentes et bricoler le plateau comme une porte vers un autre monde. C’est le clinquant 80/90’s ressuscité par une sensibilité comme on les aime, où la tendresse n’empêche surtout pas la débauche des sens. On jurerait voir débarquer Zara Whites ou Selena Steele pour se fondre dans la masse: les saints samedi soir cryptés ne sont pas loin. Derrière un rideau rose, il y a même Julie Brémond, peut-être encore dans le costume de La Chienne (qui sait…), son personnage des Rencontres d’après-minuit: on l’imaginerait sans problème dans cette ville-monde du plaisir. Comme un bonbon acidulé, l’instant Fou de Bassan se dissout vite sur la langue, mais sa saveur imprègne longtemps le palais. Tous foufous et fofolles oui. J.M.

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