Un agriculteur géophysicien, alchimiste à ses heures perdues, vit en ermite entouré d’animaux et tente l’improbable: vivre une histoire d’amour avec une truie. Classé X, Vase de noces, réalisé par le Belge Thierry Zeno qui venait d’avoir 25 ans, n’est jamais sorti en France. Présenté à la Semaine de la critique au Festival de Cannes en 1975, il n’a depuis été diffusé que dans des festivals adeptes d’extrême, comme à L’étrange Festival ou au LUFF en Suisse (là où nous l’avons découvert). Que dire? À expérience chaos, réaction chaos.
C’est l’histoire d’un homme qui tombe amoureux d’une truie. Maman truie et papa humain donnent d’ailleurs naissance à trois jeunes porcelets qui préfèrent les cris aux chuchotements. Ne supportant plus les braillements des porcins, le mari jaloux trucide sa petite famille, provoque la colère de la truie qui se suicide de tristesse et il finit en Saint-Antoine, seul, nu, désespéré, recouvert d’excréments… MAIS… MAIS QUI A FAIT ÇA? Un jeune cinéaste provocateur de 25 ans du nom de Thierry Zeno qui, dans la vie, aurait pu tomber sur une camisole et nous épargner pareil spectacle, mais qui est tombé sur une caméra et qui a cherché, en noir et blanc, comme dans un documentaire, à dévoiler la bestialité des hommes et l’humanité des bêtes dans une symphonie faite de boue, de répétitions et de situations ressassées. Le film existant, on ne peut pas faire comme s’il n’existait pas. Mais à froid, que raconte-t-il? Peut-être bien le suicide du dernier homme sur Terre.
Mélangeant tout (ésotérisme, sens du sacré, mysticisme) avec un sérieux immuable, Zeno réussit, sans doute grâce à son background de documentariste et la complicité de l’acteur Dominique Garny (d’un courage dément, impliqué corps et âme à l’interprétation ainsi qu’au scénario), à donner à voir ce qui se cache sous le vernis du scandale: l’éradication de notre humanité, la solitude du dernier homme sur Terre qui cherche à faire corps avec le monde et donc les éléments qui sont autour de lui (la terre, l’eau, le feu et l’air) et finalement la naissance d’un amour inconcevable, d’une paternité pas moins: les gorets emmitouflés dans leurs couvertures qui se tiennent mal lors des repas familiaux sont mignons tout pleins. Le tabou passe avec l’horizontalité de Baudelaire, mais la transgression le mène à sa perte.
Ce serait de la provoc abjecte s’il n’y avait pas de dramaturgie ou de sens profond. S’il n’y avait pas non plus cette volonté de faire rire entre deux chocs (ladite scène de repas où les situations paraissent tellement lumineuses que les protagonistes de l’affaire parviennent à nous faire croire par le cinéma que oui, cet amour est possible). Plus tard, lorsqu’il aura zigouillé sa famille, le protagoniste va se débattre entre les murs invisibles de ses obsessions intérieures, victime de lui-même et de sa nature profonde. Dans toute cette dernière partie, l’action est alors réduite à une sorte de rumination énigmatique, à goût de terre. Certaines scènes donnent au spectateur l’impression de se prendre un TGV en pleine figure. Certes, on a tous envie de céder au réflexe logique consistant à chercher des balises cinéphiliques pour se raccrocher face à cette expérience hors du commun. Mais le résultat, inclassable parce que hors des modes et du temps, ne ressemble qu’à lui-même.
C’est un crépuscule qui fout les jetons, la fin de l’espèce humaine tournée en un mois dans une ferme isolée. « Les inspirations, pour moi, venaient de la psychanalyse », a avoué Zeno dans une interview au site Cinergie, sans citer de film. « J’étais vraiment passionné par les œuvres de Freud, mais encore plus peut-être par celles de Jung. J’avais fait des études gréco-latines. J’avais été plongé dans la mythologique grecque, avec ses histoires d’amour entre des dieux et des humains. Des humains et des animaux. Il y avait une iconographie dans la représentation d’amours qu’on dirait aujourd’hui interdites qui, bien sûr, fascinait l’adolescent que j’étais (…) Juste pour dire qu’en écrivant ce scénario avec Dominique Garny, on baignait plus dans un monde de poésie et de réflexion que dans un monde de provocation ».
1h 31min | DrameDe Thierry Zeno Avec Dominique Garny |
1h 31min | Drame

![[BAXTER] Jérôme Boivin, 1989](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2018/09/baxter-film-1068x628.jpg)
