Depuis combien de temps n’avait-on pas parlé de Mandico au Chaos? Trop longtemps! En attendant de découvrir Paradis Sale et Conan la barbare, ses deux projets en cours, aventurons-nous dans cette forêt de 7 courts métrages réalisés entre 2017-2020 et rassemblés dans une collection ULTRA CHAOS.
Sept courts, ultra beaux comme du Mandichaos. Tout d’abord, au programme, il y a le fabuleux Ultra pulpe (2018). Tourné dans un petit coin de Bretagne qu’on oublie à force de flouter les frontières entre le studio et le réel, comme si ni l’un ni l’autre n’existait, ce court long comme il faut nous pousse entre les baisers clignotants de Joy d’Amato, réalisatrice de série Z, et Apocalypse, maîtresse et muse aux faux airs de Sylvia Kristel qui voudrait signer la fin de leur contrat d’amour et de cinéma. «Embrasse-moi, avant que tout explose». Alors Joy lui parle, conte, fabule: entre l’anthologie et le rêve élastique, des actrices et leurs histoires s’empressent devant la caméra, sans que l’on sache ce qui est fiction ou invention. Qu’importe puisque Ultra-Pulpe est un fantasme de fantasme, où les plateaux de cinéma en carton-pâte se changent en mappemonde du bizarre où tout est possible.
Platform-shoes égarées sur Mars, borne d’arcade spongieuse que l’on humecte, chantilly goûtée du bout des doigts, vomi acide ou cyprine verte: le catalogue Mandico déverse des visions à l’envers, entre le casse-tête baroque à la Greenaway et les cauchemars sexy de Rinse Dreams. Dans ce cosmos papier mâché, la SF tient plus des couvertures 70’s de la collection Présence du futur ou des bandes-dessinées d’Elvifrance, regardant aussi sous les jupes du cinéma bis, retrouvant le plaisir du caoutchouc, des hommes singes, des monstres croqués et croqueurs, des planètes baveuses et Bavesques: on y récite même la filmo de Joe d’Amato comme un mantra aphrodisiaque.
Sur le podium, s’invitent les muses du cinéaste (Elina Löwensohn et Nathalie Richard) et quelques garçonnes sauvages (Lola Creton, Pauline Lorillard, Vimala Pons) évidemment dans l’antithèse de leur habits tomboys: comme au temps de la période française de Zuzulawski, on les voit envoûtées par une logorrhée divine, zigzaguante, sublime, au pire hilarante ou insolente. Car ce fils de pulpe de Mandico ne lésine pas sur l’autodérision («Science-fiction? Science-nichon oui!») et la légèreté, tout en ayant une foi inébranlable dans ses images et son lyrisme pop. Tout ici nous agite, nous secoue, nous ébranle: l’envie de sourire et de pleurer en même temps. Nous sommes ultra-pulpés. «Le cinéma est un singe aux yeux lumineux qui griffe quand il caresse». Nous voilà réveillés de l’ultra-rêve, ébouriffés. Une seule chose à faire: se rendormir pour le retrouver.
A la Pulpe, s’ajoutent d’autres délices: tout d’abord, ExtaZus (2019). Pour célébrer l’album de M83, hommage cotonneux et synthé à la génération Métal Hurlant, Mandichaos taille un gros court contemplatif et criard, découpé alors en trois parties sur YouTube tout en prolongeant la veine SF et organique du monde de l’Ultra-Pulpe comme pour préparer le terrain pour un futur Paradis Sale. On y retrouve cette obsession pour une nature extra-terrestre et gourmande, des filles guerrières sensibles, du romantic body-horror, et l’envie de zapper de couleurs comme on change de chaînes.
Ensuite, Niemand (2018). le Chaos Mandy trouve dans la musique de Kompromat, réunion au sommet de Vitalic et de Rebecca Warrior, un exutoire parfait pour ses visions poisseuses en 35 mm, quelque part entre Rinse Dreams et le Crash de Ballard. Voiture orgasme, voiture fantôme, voiture mortelle. Tout est glamour à mort/à mort le glamour, précieux et décadent. Et le plaisir, en plus des visages connus (Elina Löwensohn et Christophe Bier), de voir la très belle Jenna Thiam rejoindre le Mandiconiverse. Autre délice: A rebours (2018), le film-annonce du FIFIB de cette année-là, avec le Zulawskien Jonathan Genet; A Black Sunset Upon a Violet Desert, plans inédits d’un film d’Héroïc Fantasy (un modèle modelé, un désert cosmique, un désir enfoui, qu’on nous murmure); HUYSwoMANS dans lequel une réalisatrice parle de ses rêves de cinéma (Lia Terraya, c’est toi?).
Et enfin, The Return of Tragedy (2020), une récréation new-yorkaise, où le cinéaste marche sur les pas de Ferrara, Henenlotter, Hartley, Warhol… C’est récréatif, oui, car le court est encore sous le sceau de L’œil qui ment, lorsque Mandico n’avait pas encore pris un tour opératique et bricolait des énormités dans son coin avec un plaisir turbulent. Film de garage, film de jardin, de l’underground spongieux sans foi ni loi. John Katebush (ça ne s’invente pas!) a éventré une femme. Enfin peut-être, peut-être pas. Ni tout à fait morte, ni vraiment vivante, l’ex-pop star ensanglantée voit ses tripes prendre vie, offertes aux regards perplexes ou amoureux. Des policiers patauds font alors une descente au milieu de ce jardin des délices, et revivent la scène, encore et encore. Bad trip chez les poulets. Nez de bite, couteaux langoureux, excroissance séductrice (lointaine cousine de celle de Notre-Dame des Hormones), seins en toc, dents fluo et soleil pisseux: Mandico s’essaye une fois de plus à la langue de Shakespeare (une rencontre déjà entamée avec Depressive Cop et Prehistoric Cabaret), invite David Patrick Kelly, filou traître des années 80 avant d’être le Jerry Horne de Twin Peaks, ou même Marie Losier, errant en pute vérolée. Tout y est sale et lumineux as usual.
Blu-ray + DVD. 5 photos d’exploitation, le poster. Et les 7 courts métrages: Ultra pulpe (2018, 37’); ExtaZus (2019, 20’); Niemand (2018, 6’); A rebours (2018); A Black Sunset Upon a Violet Desert; Huyswoman; The Return of Tragedy (2020, 24’)
Je ne connais pas du tout ce réalisateur, sauf pour son long-métrage « Les garçons sauvages », que j’ai pu voir au ciné à sa sortie, et qui ,en plus de faire fait figure d’OFNI dans le cinéma français actuel, fut une surprise de grande qualité. Cet article donne totalement envie d’en savoir davantage sur un univers qui semble riche en références pop et hallucinées! En fan du cinéma bis, notamment des films de Joe d’Amato, je me ferai un plaisir de découvrir ces courts au contenu si particulier.