[TWIN PEAKS THE RETURN STORY] Episode 10 – « 11/7 de tension, remarquable! »

En réaction au décès de David Lynch, survenu le 16 janvier 2024, nous reprenons notre story sur Twin Peaks The Return, pour replonger, une ultime fois, dans ses limbes et son chaos frénétique. Poursuivons avec l’épisode 10 avec au programme : une mouche et une télécommande, une jouissance extrême, les backstage d’un casino et des réminiscences de Laura Palmer.

«It’s a fucking nightmare»
C’est dans une violence incroyable que débute l’épisode de la complétion, le dixième de cette saison 3. Richard Horne fait taire une témoin de son meurtre de l’enfant lors de l’épisode 6 et Steven agresse Becky, la fille de Shelley. Le témoignage ici d’une jeunesse perdue, écrasée par sa propre violence. La spirale négative dans laquelle ils sont enfermés vient interrompre la jolie mélodie de Red River Valley de Michael Martin Murphey, jouée à la guitare et chantée par Carl, le propriétaire du Fat Trout Trailer Park. Celui qui a toujours campé dans le rôle du témoin des violences au sein même de son parc à caravanes – on l’aperçoit dans Fire walk with me pour témoigner de la disparition de Teresa Banks et de la caravane des Chalfont – est ici à nouveau pris sur le vif ici d’une dispute des deux amants, démarrée par une tasse brisant une fenêtre. Ça n’a pas l’air d’être la première fois qu’une telle violence éclate de la sorte, puisqu’il nous confiera, quasi face caméra, que c’est un «putain de cauchemar».
La violence se joue encore à d’autres niveaux dans cet épisode, comme lorsque Richard, encore lui, vient rendre visite à sa grand-mère et à Johnny Horne – le fils autiste de Ben, dont Laura Palmer s’occupait comme tutrice dans les premières versions de la série. La seule apparition de ce dernier constituera une scène en tout point glaçante: lui cerné par les cordes le retenant sur sa chaise, elle prise par l’étranglement de son petit-fils. Une scène terrible, agrémentée d’éléments renforçant son malaise: la peluche extravagante de Johnny qui ne cesse de répéter s’il va bien, la musique classique en fond et Richard Horne volant les bijoux et l’argent de la maison avec un sang-froid criminel dérangeant. Une composition à l’image de cette saison 3: cernant les tréfonds de la brutalité de certains, de l’incapacité de réagir pour d’autres.

«You have an enemy… in Douglas Jones»
Cet épisode permet d’avancer un peu plus dans l’histoire autour de Dougie Jones, le double sénile de Dale Cooper, et d’installer quelques personnages clés. L’escroc Anthony, de la société Lucky 7, donc collègue de Dougie, vient rendre visite aux frères Mitchum, les propriétaires du casino qu’avait liquidé ce dernier lors de l’épisode 3, pour les monter contre lui. Une scène assez fascinante, symbolique de la latence de ce retour à Twin Peaks, durant pas loin de 8 minutes, où le malaise lynchien se confond avec l’esthétique numérisée de David Fincher: caméras de surveillance, communication radio, photographie métallique. Séquence totalement altérée également par la présence d’un personnage que nous aimons beaucoup: Candie, l’une des poupées vivantes des frères Mitchum, représentative d’un à-côté bizarre et étrange, prévenant que l’air sera «chaud et pollué» mais que le casino dispose, heureusement, d’une climatisation. C’est aussi celle qui installe une angoisse burlesque, rythmant la scène de ses pas lancinants et de ses retards à l’allumage. Candie est mise à l’honneur dans cet épisode, puisque quelques instants plus tôt, elle frappera le visage de Rodney Mitchum avec une télécommande (elle chassait une mouche). C’est alors une femme totalement désemparée qui vient à nous, comme le soupçon d’une innocence et d’une sincérité qui divague.
Alors Dougie Jones, un ennemi? On ne le voit pas vraiment de ce point de vue, à ce moment de la série, puisque le rapprochement avec Janey-E atteint un nouveau sommet d’émotion: une scène de sexe faisant atteindre au personnage joué par Naomi Watts un orgasme extrême, réveillant même le gosse! Dougie Jones, un jouet sexuel, pourrait-on plutôt évoquer, alors. Une nouvelle déclinaison à mettre au profit de Dale Cooper…

«Laura is the one»
Cet épisode est aussi le théâtre d’un des effets les plus commentés de la saison 3: l’apparition de Laura Palmer à la vue de Gordon Cole, ouvrant la porte de sa chambre d’hôtel. Il s’agit d’une reprise des images de Fire walk with me, montrant Laura en sanglot devant la porte d’entrée de la maison de sa meilleure amie, Donna Hayward.

Il s’agit de la première incursion imagière du film dans cette saison 3, avant même le remontage culte de l’épisode 17, signe que la figure de l’héroïne déchue est encore bien prégnante dans les images de The Return, et surtout qu’elle peut apparaître dans l’image: quelle surprise, lors de la première fois, que de découvrir celle qui n’a jamais été face-à-face avec le boss de Dale Cooper, et a fortiori de David Lynch lui-même, dans un seul et même champ-contrechamp. C’est comme une rencontre entre le personnage et son auteur: quelque chose d’émouvant, aussi, en somme.
Une autre occurrence à Laura apparaît à la conclusion de cet épisode, lorsque la Log Lady converse au téléphone avec Hawk, comme au tout début de cette saison 3. Tandis qu’elle énumère des phrases aussi énigmatiques que ses interventions aux débuts de chaque épisode des premières versions, elle conclut par une phrase aussi vague que clair à nos yeux: «Laura is the one». Ainsi, cet épisode repositionne la figure de Laura Palmer dans un élan en tout point twinpeaksien, à base d’évocations informelles, énigmatiques qui, pourtant, font l’effet d’un éclat de lumière dans nos yeux.

Point Jerry Horne – Le frère de Ben Horne est actuellement perdu dans la forêt, armé d’un téléphone qui ne marche pas. Il pense cependant que ce téléphone le duperait: «You can’t fool me, I’ve been here before!». Ça tourne en rond, et ça ne tourne pas rond, pour Jerry Horne.

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