Une femme vit à la campagne avec sa famille. Juste avant que sa fille ne fasse sa première communion, sa soeur revient dans la maison familiale pour la première fois depuis des années. Pour quelles raisons? La clef de l’enjeu est effrayante. Premier film qui nous arrive avec beaucoup de retard (il date de 2017), Tower. a bright day prend les atours d’un thriller métaphysique. Une révélation disponible sur la plateforme Shadowz qui a pris le pari de la découverte.
C’est un film «basé sur des événements futurs» et c’est surtout un film qui démarre en plongées angoissantes, figure stylistique vue et revue depuis Shining de Stanley Kubrick qui, à chaque utilisation (Funny Games de Michael Haneke, par exemple) augure de l’effroi à venir. Ici, les ombres, les plans, les sons (bourdonnements, bruits parasites…) ne laissent aucun doute sur la menace proleptique. La voiture que l’on aperçoit dès les premiers plans rejoint Mula, une femme qui vit à la campagne avec sa famille et dont la fille va faire sa première communion. Dans ladite voiture, se trouve Kaja, sa sœur, qui revient pour la première fois depuis des années (elle a disparu durant six ans sans que l’on sache réellement pourquoi). Les autres membres de la famille croient en une réconciliation des deux sœurs, mais Mula a ses raisons d’avoir peur de Kaja. À raison puisque Kaja n’est pas venue sans raisons…
Il faut d’emblée saluer le pari audacieux de la part de la plateforme Shadowz qui, entre deux Fulci et trois Argento, propose de découvrir cette vraie bizarrerie venue de Pologne: Tower. a bright day, où quelque chose sourd, une menace indicible qui va crescendo jusqu’à son finale dévastateur. Sans elle, ce film fantastique à bien des égards serait passé sous le radar – réalisé en 2017, il nous arrive avec cinq ans de retard! Bien malin celle ou celui qui saura deviner de quoi il en retourne, voire comment cela va se terminer. La famille a beau écouter religieusement les prêches du prêtre et préparer la communion de la gamine comme une fête, quelque chose de mauvais rode… Mais quoi? On ne sait pas. On entre dans le récit comme dans un conte: une fillette demande aux membres de la famille arrivant en voiture un ticket d’entrée pour accéder à une maison tel un passage secret, la sœur impose des règles à respecter à l’autre sœur, mutique, ravagée… dont celle de jouer un jeu de rôle, de garder un secret terrible: ne pas dire qu’elle est la mère biologique de la fille qu’elle élève.
Le malaise est donné d’emblée et, loin de se diluer, il s’épaissit. Le retour de la sœur, qui a donc abandonné son enfant et passe pour la mauvaise mère (voire une mauvaise personne aux yeux de la famille), provoque un tourbillon placide d’affects, un réjouissant saccage des apparences que chaque personne cherche à préserver, surtout Mula qui ne veut pas que son univers s’effondre. Au fil des jours qui passent, cette dernière est persuadée que Kaja est venue pour emmener sa fille. D’autant que sa présence déclenche des changements chez les gens et que des événements métaphysiques se produisent. Des choses internes (la désobéissance soudaine de la gamine aux rituels) ou externes (un réfugié croisé dans la forêt, une nature possédée…) mettent à sac cet univers ordonné, et ce, de façon fantastique, jouant sur une opposition entre la religion et la spiritualité. Parce que, comme dans toute réunion familiale, la convivialité apparente des retrouvailles est pervertie par des non-dits. Il faut louer l’étrange texture du film qui alterne une approche liée au style documentaire (la famille, les éléments triviaux, etc.) et des digressions fantastiques (les voix que les personnages entendent à travers le mur du salon), sans jamais tomber dans de l’effet de style ni même dans le jugement moralisateur. Personne n’est bon, ni mauvais, mais tout le monde a ses raisons d’y croire.
C’est un vrai film-mystère en suspension, aux aguets d’une détonation, pourquoi pas d’une apocalypse, que propose Jagoda Szelc, soutenue par le travail de son directeur de la photographie Przemyslaw Brynkiewicz, terrorisant le naturalisme en lui inoculant le virus de l’étrange. Faire un film de famille comme un film d’horreur, en juxtaposant toxicité des rapports humains et nature irréelle, témoigne d’une méticulosité visuelle et d’une technique scénaristique hors normes. Pour un premier film, c’est assez impressionnant, d’autant que s’il est très maitrisé, il n’a pas peur du doute (et le doute prend du temps!). Tower. a bright day nécessite qu’on vienne à lui mais, en retour, il stimule durablement l’imagination, avec des partis pris esthétiques et narratifs qui cassent tranquillement les codes et avec des personnages qui réalisent chacun à sa façon que la réalité imposée n’est qu’un mensonge et qu’un monde nouveau (bon ou mauvais, peu importe) s’ouvre désormais à eux. Jagoda Szelc a depuis réalisé un nouveau film, Monument. On a hâte de le découvrir.
Tower. a bright day est visible sur la plateforme Shadowz.
1h 42min / Drame , ThrillerDe Jagoda Szelc Par Jagoda Szelc Avec Anna Krotoska , Małgorzata Szczerbowska , Rafał Cieluch Titre original Wieża. Jasny Dzień. |

1h 42min / Drame , Thriller