[TOP 10 2025] Les clips les plus chaos de l’année

Comme chaque fin d’année, les clips font leur sortie avec une sélection, forcément injuste vis-à-vis du nombre absurde de clips squattant YouTube chaque semaine, mais toujours représentative dans ce que l’on aime le plus dans cet exercice : des images qui brillent, du trash qui trash, de la po-poésie, des talents en devenir. Au programme : des folles, des dolls, du lyrique, une harpe, une langue coupée, une vampire…

1. Sarah Maison Divad & La Mandoline, réalisé par Laurens Saint-Gaudens :
Une rencontre, une vraie, au clair de lune entre Sarah Maison, dont la pop orientale résonne comme la face B de mystérieux 45t retrouvés, et de Laurens Saint-Gaudens, réalisatrice et photographe qui a épousé toutes les couleurs du noir. Un double clip comme une trans-lettre d’amour à l’euro-gothic faisant un joli pont avec Nos lèvres seront les miennes, collage giallesque réalisé peu avant : des talons claquant sur la pierre, une nuit bleue, une invitation, un château, le vent qui souffle. Trois femmes, rivales, amantes, conspiratrices, se retrouvent pour un souper acide. Les langues se délient, les mains se glissent sous la table. Bientôt, ce sera une lame qui transpercera l’air, la brume s’épaissira, les corps se retrouveront… Saint-Gaudens y crache son amour des dames de l’ombre, des candélabres dans l’obscurité, de la mort comme aux beaux-arts, des matières qui vibrent et brillent. Couplé aux deux belles chansons de Sarah Maison, Divad et La mandoline, elle les enveloppe dans un splendide écrin de velours noir.

2. Laura TranceGhost + Kiss, réalisé par Théo Laglisse :
Comme avec son court Virée Sèche, Théo Laglisse profite d’une sortie nocturne pour filmer la génération Z comme on l’aime et comme on la voit peu, entre le documentaire à l’arrache et le snap entre keupines. L’alliance avec Laura Trance, qui remet au goût du jour l’esthétique Skyblog saupoudrée de fluides non identifiés, tient du bon sens. Tout est vulgaire, vibrant, baignant dans la sueur et le slime. Tellement vivant et so chaos.

3. RosaliaBerghain, réalisé par Nicolas Méndez
On savait la Rosalia talentueuse depuis bien longtemps, on l’attendait beaucoup moins sur un virage lyrique à 180 degrés ! Entre passage à confess et poème de bénitier, le projet Lux évite le piège de la bondieuserie bon teint et emporte tout son passage. Intro rêvée, ce Berghain a évidemment secoué tout le monde comme un cocotier, avec son quotidien réenchanté à grand coup de baroque froid et magique. Et quoi de plus chaos qu’un featuring de Bjork en petit oiseau ?

4. Sabrina CarpenterManchild (réalisé par Vania Heymann & Gal Muggia) / Tears (réalisé par Bardia Zenali) :
Taste, sa fantaisie turbo-référentielle et gore de l’année dernière avait gentiment amusé, mais cette année, cutie Sabrina prend les devants. Comme pour répondre au mini-scandale de la pochette de son album (preuve que le Erotica de Madonna ne survivrait pas deux secondes en nos temps obscures), Manchild joue d’abord la corde de la soft misandrie sous héritage Dolly Parton, dans une suite de saynètes sans queue ni tête constellées de détails hilarants (un tableau peint dans l’eau, des moutons dans un motel, une bague bougie…). Tears, quant à lui, s’offre un hommage à la série B d’horreur en invoquant un queer « nasty » évoquant sans plus attendre John Waters et le Rocky Horror Picture Show. Vraiment délicieux.

5. DolinaBackflip Again, réalisé par Raquel Garcia Lopez :
Grande amatrice de kitsch, Raquel Garcia accompagne cette fois la nouvelle sortie du groupe Dolina dont les synthés brumeux invitent à rentrer fissa à la batcave. Lac bleu-noir et chauve-souris, une vampiresse repue et dégoulinante de rouge à sa coiffeuse. Il suffira de quelques plans pour attraper au vol les fantômes de Jean Rollin et Jesus Franco : ça tombe bien, le château de toutes les passions interdites est le même, entrevue dans Le lac des morts-vivants, la réunion mémorable et aquatique des deux bonhommes précités. Quant à la brune pulpeuse aux dents longues, elle aurait pu se rêver dans La Comtesse Noire : le hasard est exclu. Ici on mord d’abord et on pose les questions après : l’acte vampirique étant consommé très vite, le clip donne à tout revoir dans le désordre et s’emballe dans une loop qui explore les prémices de cette cérémonie d’amour. En l’occurrence un bal fantôme, mélange de messe noire et de boom baroque, suintant de son héritage mexicain, et qui cachera, à son tour, une autre surprise. Enivrant et piquant, comme la plus douce des morsures.

6. Slayyyter Cannibaslim, réalisé par Slayyyter
Un come-back payant pour la blonde turbulente qui se donne ici les moyens de faire son grand retour : elle réalise elle-même ce patchwork glam trash, tendance paillettes ensanglantées qui collent de partout : drag-queen débraillée, vieil homme à l’agonie, sang vomi, lapin fantôme. Comme un Showgirls fauché par Waters et Lynch. Forcément, ça nous parle.

7. Tyler the creator – Sugar on my tongue, réalisé par Tyler Okonma :
Si le son a été saturé par ses innombrables utilisations sur Tiktok, le clip minimaliste et délirant de Tyler, quelque part entre Gondry et Sayadian, reste encore réjouissant. Une pièce blanche, un homme, une femme, des gens. Et, puis, une langue. Wait for it comme on dit.

8. Flora Fishbach La Machiavela, réalisé par Fleur Niquet :
Au milieu de quelques hits (dont le génial Comme Jean Reno), Flora Fishbach a préféré délaisser les couplets plus d’une fois dans son nouvel album (« y’a pas de paroles ? » comme dirait Amanda Lear). Comme avec ce single surprise où la chanteuse se retrouve possédée par l’esprit de Klaus Nomi et d’Armande Altaï. Sorcière latex façon Mugler, esthétique de VHS usée, vocalises outrancières : simple et très efficace.

9. Ange Halliwell Spirit are you here ?, réalisé par Roxanne Gaucherand :
D’un instrument comme la harpe, volontiers synonyme d’innocence et d’apaisement, Ange Halliwell part frotter ses cordes dans un univers dark et craquelé. Sur un canevas simple (on voit le musicien s’enregistrer dans une demeure manifestement hantée), l’imagerie ouvertement morbide, accompagnée d’une touche de gore, fait des miracles.

10. Vicky ChérieSi Sentimentale, réalisé par Virgil Vernier :
Une famille de prolo dans la tourmente : les enfants ne répondent plus. Une jeune femme stricte, queue de cheval, lunettes carrées, pousse la porte. Les cris s’arrêtent, les tensions s’apaisent, les mains se tendent. Et après ? Il fallait bien Virgil Vernier pour filmer l’étrange mélancolie de cette parodie de Super Nanny, défunte icône de M6.

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