« The Weed Eaters » de Callum Devlin : un réjouissant stoner movie à Gérardmer 2026

Phare dans la nuit de propositions nettement plus lourdes, The Weed Eaters égaie la compétition du Festival de Gérardmer, édition 2026, de sa proposition de pur stoner movie. Le pitch : un voyage enfumé qui tourne rapidement au sanglant, à la découverte d’une herbe visiblement propice à donner faim de chair humaine. Élu Prix du Jury (ex aequo avec Cadet), le premier long-métrage de fiction du Néo-Zélandais Callum Devlin réjouit, dans toute la fébrilité de son exécution, et accueille généreusement.

Nul doute que les moyens de The Weed Eaters sont modestes, au moins autant que sa photographie est aléatoire, naviguant de nuits peu lisibles à d’agréables paysages solaires. Pour autant, le budget ne fait pas l’œuvre : Callum Devlin multiplie certes les idées de cadres amusantes, mais prend surtout le parti d’une fixité qui sied assez à son ton. Si l’on regrette parfois de ne pas voir quelques mouvements d’appareil animer des cadres un peu enfermants, le tout se suffit souvent à lui-même, jusqu’à un certain sens du caustique bien pensé dans les derniers instants. Il serait mentir de dire que la forme ne reste pas, au global, assez maigre, mais elle ne craque pourtant jamais. Nettement plus inspirés que l’illustration plus linéaire du récit, les élans moins justifiés narrativement se multiplient çà et là, animés d’une énergie salvatrice. Passée la musique jazz parfois assourdissante, le long-métrage apparaît donc léger, mais animé d’intentions et de fulgurances visuelles qui ne cessent de faire mouche.

Si l’exécution formelle peut parfois frôler l’exercice de style, son cœur est en fait ailleurs : dans la mise en scène de ses acteurices. Gueules de cinéma autant que monsieur et madame Tout-le-monde d’un banal attachant, toustes séduisent et font rire dès leur simple physicalité, du grand dadet à la faussement coincée. Les dialogues, rarement loin de la bêtise totale, s’élèvent alors grâce au sens du rythme assez ravageur de ces quatre losers, dont la défonce infuse le tempo du métrage, constamment décalé, rallongé, et de fait à l’exact bon endroit pour que chaque chute tombe juste. The Weed Eaters palie alors largement sa structure extrêmement attendue, de son introduction presque contractuelle à sa fin. Les quelques trous et ralentissements qui jalonnent sa progression, hérités d’enjeux parfois pas assez pris en charge, sont rapidement pardonnés, autant qu’éclipsés par des segments bien plus tenus. L’essentiel n’est pas là, dans le détail, mais dans la générosité communicative du geste.

L’équilibre du projet apparaît, de manière assez évidente, assez précaire. Pour autant, sans que l’on le voie venir, le film réussit, en à peine quelques instants, à se doter d’une bonhomie extrêmement attachante, en sorte de film de vacances qui nous convierait avec lui. Le vrai plaisir de The Weed Eaters se révèle dans l’indépendance qui l’anime et qu’il transmet constamment. La notion, qui se perd parfois aujourd’hui, écartelée entre une parure en réalité friquée et une débrouille trop bancale pour tenir tête, réjouit forcément ici d’être retrouvée dans sa forme véritable. Les airs de format court étiré, manquant de substance par endroits malgré de belles idées, se masquent alors sous l’égide de l’énergie d’un stoner movie au contrat bien rempli. Le pur moment de festival, autant que le plaisir régressif, est là.

1h 21min | Epouvante-horreur
De Callum Devlin | Par Finnius Teppett
Avec Alice May Connolly, Annabel Kean, Samuel Austin

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