Quand il y en a plus, il y en a enGORE! Que les références soient voulues un peu, il y a des morceaux de The Substance dans cette petite sélection de séries B/Z ou de grands classiques.

Le portrait de Dorian Gray (Albert Lewin, 1945)
On a beau chercher, le fantastique roman de Oscar Wilde a rarement été traité noblement au cinéma, à quelques cheveux près. On en restera donc sur cette formidable adaptation, qui avait marqué durablement son époque avec la vision de l’infernal tableau (signé par ce taré d’Ivan Albright) qui s’illustrait dans des couleurs inédites. Laisser une toile éponger sa vieillesse au risque de se perdre: on tient ici sans aucun doute les prémices de The Substance.

Frère de Sang / Basket Case (Frank Henenlotter, 1982)
Vivre avec son frangin réduit à l’état d’excroissance monstrueuse, mode d’emploi. Impossible de ne pas évoquer à nouveau ce cher Frank, amoureux des freaks et des corps rabibochés. Beaucoup cité lorsque Malignant a fait tapage, la gémellité conflictuelle et monstrueuse du film de Henenlotter se retrouve tout aussi chez Fargeat (en mieux tout de même). Le second film de la trilogie poussera le bouchon encore plus loin avec de nombreuses créatures biscornues en tout genre.

Re-Animator (Stuart Gordon, 1985)
Les mésaventures de ce mini Baron de Frankenstein n’ont plus de secrets pour personne, et le mélange d’humour vicieux et de grand-guignol qui a fait sa réputation eu une influence sans précédent sur toute une page du cinéma d’horreur. Faut-il préciser que l’activator est évidemment un cousin assumé du liquide précieux de Herbert West, source lui aussi de tous les malheurs et de tous les délices?

La Mouche (David Cronenberg, 1987)
Une quête de perfection qui perdra son personnage principal, qui verra son corps se décomposer pour mieux se composer à nouveau. L’incroyable déchéance physique de Goldblum est une source d’inspiration sans fin pour le body-horror (le face-à-face devant le miroir en est devenu un passage obligé) et impossible de ne pas y penser durant le dernier tiers de The Substance, où le corps échappe à tout contrôle et s’éparpille… pour ensuite trouver sa nouvelle forme évolution inédite.

The Rejuvenator (Brian Thomas Jones, 1988)
Une riche et vieille actrice qu’on appelle plus demande expressivement de tester la formule révolutionnaire, mais expérimentale, d’un scientifique. Ça vous rappelle quelque chose? Évidemment, les cellules rajeunissent avant de muter le plus atrocement possible, donnant à la cobaye des envies de meurtres et de cerveaux frais. Le brouillon Z de The Substance, agrémenté tout de même d’une charmante dose de camp et de maquillages bien gluants.

Society (Brian Yuzna, 1989)
Comme pour Fargeat, Yuzna faisait passer la pilule de ce fantasme de scénariste complotiste en adoptant les codes des soap et des séries télé de l’époque. La patine ripolinée craquelle (comme la joue de ce cadavre factice) et tout finira par se noyer dans des néons oranges baveux et gluants, dans un final dont la décadence et les effets caoutchouteux suscitent toujours une absolue fascination. Comme quoi, Los Angeles est clairement la source de tous les vices et des mutations corporelles…

La mort vous va si bien (Robert Zemeckis, 1992)
Derrière un terrain d’expérimentation parfait pour ILM, une incroyable leçon d’abatage pour son trio d’acteurs, qui malmènent leur image à n’en plus finir. Le liquide de jouvence, le spectre de l’âgisme, le corps incontrôlable, le Hollywood camp… il y a déjà tout The Substance sans le gore.

Braindead (Peter Jackson, 1992)
Alors que le cinéma d’horreur agonise, Jackson signait ce qui était considéré à l’époque comme le film le plus gore de l’histoire. Titre maintes fois volé depuis. Mais qu’importe: il est impossible, durant le final de The Substance, de ne pas penser aux geysers de sang du final de Braindead, ou à la forme ultime de Vera, la mère carnassière transformée en amas de seins et de fesses.

Body Melt (Philip Brophy, 1993)
Le versant australien de Street Trash, où un médicament miracle (dont les couleurs fluo sont les mêmes que les solutions fatales de Re-Animator et The Substance!) transforme et annihile dans un fracas de morve et de sang tous ceux qui l’utilisent. Les organes gonflent, explosent, fondent ou prennent vie dans une succession de scénettes atroces et hilarantes.

Blanche-Neige: le plus horrible des contes (Michael Cohn, 1997)
Lecture littérale et pas si bête du conte originel, qui nous rappelle à quel point les histoires de notre enfance étaient déjà des films d’horreur à la cruauté inouïe. Un peu faiblard quand il se tourne sur son héroïne, tout le film semble être un véhicule pour Sigourney Weaver, offrant une ambiguïté et une puissance au personnage de la vilaine Reine rarement vu auparavant. Une bonne manière de rappeler que le rapport de fascination et de détestation entre Elizabeth et Sue évoque bien entendu la relation houleuse entre Blanche Neige et sa belle-mère…

Requiem For A Dream (Darren Aronofsky, 2000)
On n’a pas cité Carrie, Shining, 2001, Orange Mécanique dans notre petite liste… qui sont des influences évidentes du film de Fargeat. Mais le film-surprise qui vient s’ajouter est incontestablement Requiem For A Dream de Darren Aronofsky, la descente aux enfers sous substance scénarisée par Hubert Selby Jr, qui lui-même s’inspirait déjà de Que le spectacle commence… de Bob Fosse ou encore de Perfect Blue de Satoshi Kon. De l’affiche aux effets marquants (piquouze dans le bras, gros plans sur les yeux ou autres parties du corps, effets sonores, effets de montage), du parallèle entre le personnage d’Ellen Burstyn devant sa télé et le personnage de Demi Moore devant sa télé jusqu’aux cartons aux grosses lettres… Coralie Fargeat doit énormément au film de Darren Aronofsky: c’est jamais ouvertement cité, alors que ça saute aux yeux.



