« The Sadness » de Rob Jabbaz: du cinéma extrême et intense

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Depuis l’été dernier, le film d’horreur taïwanais The Sadness a fait le tour des festivals, accumulant les qualificatifs qui ont contribué à construire une réputation proche de la légende: extrême, ultra gore, jamais vu, au-delà des limites… Et voilà qu’il sort finalement en salles, sans tambours ni trompettes, comme un banal film d’été, ce qui invite à quelques questions: la réputation de film extrême était-elle méritée? Si oui, pourquoi ce silence, qui ressemble à de l’indifférence? La réponse tient probablement à la constatation suivante: oui, The Sadness est sans conteste un film extrême, mais il ne l’est ni plus ni moins que les catégories III qui ont fleuri à Hong Kong dans les années 90. Il en a d’ailleurs quelques-unes des caractéristiques, notamment en matière de sexe et de violence. Mais en tant qu’élément isolé (il est seul de son espèce dans le cinéma taïwanais), il est difficilement identifiable au mouvement qui, à Hong Kong, a révélé à une époque donnée un malaise dont les causes étaient possiblement politiques et sociales. Certes, The Sadness se sert de la contamination comme d’un révélateur pour dénoncer le cynisme des dirigeants en temps de crise. Mais il faut surtout le voir comme un thriller particulièrement intense qui s’adresse exclusivement aux fans du genre, qui ne doivent pas être si nombreux, d’où la discrétion de la sortie.

D’une certaine façon, le scenario rappelle Frissons de David Cronenberg, mais à une échelle différente: ce qui se passait dans un immeuble est étendu à la ville entière de Taipei. Un virus, que les autorités croyaient contrôler, mute et se répand à une vitesse foudroyante, transformant les contaminés en brutes livrées à leurs pulsions les plus bestiales. Au début, ils s’attaquent aux gens sains, puis ils se tournent les uns contre les autres dans une gigantesque orgie de sexe et de violence. Mais pas nécessairement selon un schéma basique qui oppose les victimes et les bourreaux. Les choses se compliquent lorsqu’on se rend compte que certaines «victimes» sont non seulement consentantes, mais à l’origine de ce qui leur arrive. L’histoire est racontée du point de vue d’un jeune couple ordinaire: Jim et Kat, qui se disputent ce matin-là, parce qu’il vient d’annuler leurs vacances pour un prometteur rendez-vous professionnel.

Alors que Kat est partie travailler à l’autre bout de la ville, Jim assiste à une première manifestation traumatisante de la maladie sous forme d’un massacre dans un coffee shop. Comprenant que la contamination se répand dans toute la ville, Jim ne pense qu’à retrouver Kat avant de fuir le désastre. Naturellement, beaucoup d’obstacles surviennent, agrémentés d’incidents extrêmes. La première agression est assez éloquente: une aïeule contaminée s’attaque au cuisinier d’un restaurant en lui plongeant la tête dans la friteuse avant de lui arracher la chair du visage avec ses doigts (incidemment, il y a plus de ce genre d’effets old school que d’effets numériques). De son côté, Kat connaît aussi des déboires. Elle sauve la vie d’une fille ciblée par les enragés (qui lui ont quand même crevé un œil) en même temps qu’elle est la cible d’un vieillard lubrique et obstiné, qui lui annonce à plusieurs reprises le traitement qu’il a l’intention de lui faire subir. Et c’est assez effrayant. Pour un film d’exploitation, c’est étonnamment bien écrit, même si pendant longtemps, on se demande d’où vient ce virus foudroyant et à quoi il rime. L’explication arrive à la fin, elle est même un peu trop explicite, avec son sous-texte politique, mais en fin de compte, The Sadness nous aura constamment étonnés à un rythme sans faille jusqu’à un finale proprement désespérant, comme il se doit. G.D.

6 juillet 2022 en salle / 1h 40min / Epouvante-horreur
De Rob Jabbaz
Par Rob Jabbaz
Avec Regina Lei, Berant Zhu, Tzu-Chiang Wang

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