« The Plague » de Charlie Polinger : immersion hypnotique dans le cauchemar préadolescent

Avec ce premier long-métrage, Charlie Polinger s’attaque à un récit de coming of age sur le thème du harcèlement et au prisme du body horror – un cocktail illustré par le culte Carrie (Brian de Palma, 1976) et ses héritiers, mais souvent conjugué au féminin. The Plague fait quant à lui le choix d’un ensemble exclusivement masculin : une douzaine de préados, qu’un stage de waterpolo réunit le temps d’un été. À coups d’empoignades dans les bassins et d’onanisme collectif dans les dortoirs, un microcosme complexe s’organise autour de Jake (Kayo Martin), « vétéran » du camp sournois et charismatique. C’est au sein de ce petit royaume que Ben (Everett Blunck), qui vient d’emménager dans la région, va tenter fébrilement de se faire une place.

The Plague procède par une série d’épisodes fiévreux qu’un montage abrupt interrompt systématiquement, les amputant de leur climax ; ce curieux ressac rythmique produit sur le spectateur des effets proches du edging, entre l’engouement et la frustration. Mais quoi de plus cohérent, justement, pour retranscrire une énergie hormonale qui déborde, qui contamine tout, qui menace constamment de faire basculer le film dans le chaos ?

Quiconque a vécu (ou subi : le souvenir de ma classe de neige de CM2, décimée par une épidémie de gastroentérite, me hante encore) ce type d’expérience sait les dynamiques imprévisibles et cruelles qui s’y déploient et comment elles se chargent, au prisme de la sensibilité préadolescente, d’enjeux tellement immenses qu’ils prennent une teinte mystique. Et The Plague s’attache scrupuleusement à nous immerger – allons-y gaiement sur les métaphores aquatiques – dans cette perspective, aussi bien par la forme que par le son.

Sa palette chromatique, ses compositions géométriques, ses lignes de fuite vertigineuses subliment l’atmosphère hostile mais familière des piscines municipales de notre enfance. À cette esthétique glaciale, Polinger combine l’organicité presque mutante des corps : les chorus féminins des cours de natation synchronisée, parades envoûtantes pour l’œil des préados, se juxtaposent aux mêlées brutales et désordonnées du waterpolo – sous la surface pourtant, l’un comme l’autre évoquent des monstres marins tentaculaires. Certaines scènes d’ailleurs, comme pour figurer les propriétés réfléchissantes de l’eau et les mécanismes de projection à l’œuvre entre les personnages, se répondent en écho. Quant à la bande originale, non moins hypnotique, elle oscille entre le Om tibétain et le chant des sirènes. Une belle cohésion forme-fond donc, qui met tout ce petit monde au service du motif de la contagion.

La rigueur de l’ensemble, un peu artificielle, aurait quelque chose de suffocant si le film n’était pas traversé par un grand courant de sincérité – savant mélange de maîtrise et de candeur dont témoignent des premiers longs miraculeux comme La Naissance des pieuvres (Céline Sciamma, 2007) ou Grave (Julia Ducournau, 2015). Polinger échappe aux archétypes souvent grossiers de son sujet – le meneur, le suiveur, le bouc émissaire – en construisant des personnages nuancés, portés par des interprétations irréprochables. Sur eux, il pose un regard presque fraternel, sans la moindre condescendance, et signe avec The Plague un film à la fois sensible et terrifiant.

27 mai 2026 en salle | 1h 35min | Thriller
De Charlie Polinger | Par Charlie Polinger
Avec Joel Edgerton, Everett Blunck, Elliott Heffernan

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