En compétition pour le Lion d’or à la dernière Mostra de Venise (où le film est reparti bredouille), The Order sort à bas bruit directement en VOD sur Amazon prime video. Nous étions curieux de découvrir ce que Justin Kurzel avait à nous proposer, après son intense mais inégal Nitram (2021). Le réalisateur se concentre ici sur les groupuscules américains suprémaciste tendance néo-fasciste (sujet flottant en ce moment, et tantôt brûlant, au States) pour continuer d’explorer ses thématiques propres : la masculinité martiale, l’origine de la violence, la marginalité, l’extrémisme agressif d’un individu ou d’une faction.
1982, un agent du FBI débarque dans une bourgade du nord-ouest des États-Unis pour enquêter sur une série de braquages. Son flair lui indiquera que ces faits d’armes sont moins motivés par l’appât du gain qu’associés à des actes politiques. Derrière tout cela effectivement, un groupe organisé dont l’idéologie ne trompe pas… Bonne surprise que cette proposition, assumant son côté actionner urbain aux archétypes assumés, mais aux apparences trompeuses : l’agent anti-héros bourru et fort d’aspérités (Jude Law) aidé de la jeune recrue volontaire (Tye Sheridan), s’opposant à la fausse innocence lisse du fasciste (Nicholas Hoult, productif en ce moment). À mesure que l’enquête progresse, le film interroge ce qui couve sous la surface. Les scènes d’intérieures sont filmées dans une pénombre de caveaux traversée de lueurs. Et l’action ici demeure tapie : les autorités agissent par indics interposés, et la rancœur violente de la communauté white-trash, policée lorsqu’il s’agit de les confronter, se déploie durant des séquences d’action au suspense maîtrisé. Si le premier tiers du film à quelque chose de scolaire, c’est la vitesse de croisière nécessaire avant que le récit ne déploie ses trames chorales.
Long-métrage moins singulier et plus classique en apparence… Cette contrainte des codes est peut-être ce qui va le mieux au réalisateur, dont les travaux plus personnels ou affirmés esthétiquement (Macbeth, Le Gang Kelly) pouvait trahir un rythme bancal. Si la forme change donc ici, on appréciera de retrouver les obsessions du cinéaste, représenté ici par cette dualité masculine entre l’agent et le jeune suprémaciste, le chasseur et le chassé et inversement. Toute une force brutale est contenue ici, que ne cesseront d’attiser les coups d’éclats idéologiques, comme autant d’étincelles, déclenchant la violence par intermittence, avant l’implosion. L’artifice final, seulement, n’intéresse pas le cinéaste (préférant davantage les mécanismes qui en sont à l’origine) ce qui provoquera tantôt la frustration, tantôt le souffle retenu du spectateur (on se rappelle la toute fin de Nitram). Le climax tant attendu peut surprendre ici : alors qu’on s’attend à un dénouement urbain et spectaculaire dans son intention, le film préfère rester sur une confrontation intimiste et douce-amère, à l’inéluctabilité terrible. Révélant, dans la simple image d’une maison en flamme, jusqu’où peut nous pousser l’extrémisme dans certains cas désespérés.
6 février 2025 sur Amazon Prime Video | 1h 56min | Policier, Drame, ThrillerDe Justin Kurzel | Par Zach Baylin Avec Jude Law, Nicholas Hoult, Tye Sheridan |
6 février 2025 sur Amazon Prime Video | 1h 56min | Policier, Drame, Thriller


