L’histoire est relativement familière, à part deux différences notables: le personnage principal est une femme et l’action est située à Paris. Nathalie Emmanuelle incarne la tueuse Zee, qu’on découvre en train de recevoir ses instructions dans un environnement typiquement wooien: une chapelle désaffectée, remplie de pigeons qui volent au ralenti. Au cours d’un contrat visant des trafiquants de drogue, elle épargne une de ses cibles qui devient aveugle. Chargée de l’éliminer, Zee va au contraire s’y attacher et la protéger, au point de devenir elle-même l’objet d’un contrat, tandis que le flic Sey (Omar Sy) développe avec elle une relation ambigüe qui consiste à la fois à la traquer et à la protéger, parce qu’ils ont des ennemis communs.
Le serpent se mord-il la queue? Le réalisateur Walter Hill a un jour déclaré que le principe même du remake était une aberration parce que si l’original était bon, on ne pourrait jamais l’égaler, et s’il était mauvais, on ne pourrait jamais l’améliorer. Ironiquement, Hill a changé d’avis, participant en tant que scénariste au remake de Guet apens. Il a même été approché pour réaliser un des nombreux projets de remake de The Killer, que Hollywood rêvait de refaire depuis la sortie de l’original en 1989. Trente-cinq ans après, c’est chose faite, et par John Woo lui-même. Compte tenu de l’âge du capitaine (78 ans) et de quelques autres facteurs, on pouvait redouter a priori le résultat. Surprise, The Killer version contemporaine compte suffisamment de passages réussis pour justifier le déplacement, même s’il n’est pas question de le comparer à l’original.
La première séquence impliquant le personnage de Sey est assez surprenante parce qu’il suffit de quelques dizaines de secondes pour que démarre une fusillade sanglante suivie d’une course poursuite. C’est tellement incongru dans un décor parisien que l’effet est à la fois surréaliste et réellement excitant. Il rappelle surtout que John Woo est un cinéaste d’action, et s’il n’a plus la touche magique qui faisait de ses fusillades de véritables ballets, il sait toujours comment les agencer, avec plus de grâce et de fluidité que beaucoup de ses imitateurs. Sans surprise, ces séquences représentent le principal intérêt du film qui par ailleurs a tendance à s’embourber dans les dialogues explicatifs pesants et mécaniques de Brian Helgeland.
Les séquences de poursuite ont un charme commun à d’autres films comparables tournés dans Paris (John Wick, Mission impossible) qui font se raccorder magiquement des endroits distants de plusieurs kilomètres. Ainsi, Sey passe brusquement de l’île de la cité au pont Alexandre III, quand Zee débouche directement du pont de Bir Hakeim à la rue du rocher dans le 8ᵉ arrondissement. Pour un Parisien, c’est amusant, mais la vraisemblance géographique n’a aucune importance dans un contexte dans lequel la véritable qualité d’une séquence vient de sa fluidité à enchaîner une série d’actions assez complexe. Celle qui part du moment où Zee se rend compte que son patron a lancé une équipe pour tuer sa protégée à l’hôpital, et ce qu’elle fait pour l’empêcher est réellement impressionnant.
Compte tenu de la nature très internationale de la production, on aurait pu redouter des disparités de jeu entre les différents acteurs, notamment francophones comme Omar Sy, Saïd Taghmaoui, Tcheky Karyo, ou Eric Cantona, mais ils s’en sortent bien, en VO comme en VF. Woo, qui ne parle pas français, travaille à l’instinct, et il a su communiquer aux interprètes ses intentions, gardant les prises qu’il jugeait chargées de l’intensité requise. Si on peut déplorer la logique très binaire du scénario qui gomme toute forme d’ambiguïté pour bien séparer les bons des méchants, John Woo a réussi à sauver les meubles en imprimant ce qu’il reste de sa patte à une production qui autrement aurait été impersonnelle.
23 octobre 2024 en salle | 2h 05min | Action, ThrillerDe John Woo | Par Josh Campbell, Brian Helgeland Avec Nathalie Emmanuel, Sam Worthington, Omar Sy |
23 octobre 2024 en salle | 2h 05min | Action, Thriller