« The Island » de Po-Chih Leong (Etrange Festival 2025) : « Massacre à la tronçonneuse », la morve et lers oursins

Po-Chih Leong (La sagesse des crocodiles) ne s’embarrasse pas de préliminaires : un aquarium, des poissons qui s’entredévorent, et le programme est lancé. Tout The Island est là : un espace clos, aucune échappatoire, des corps condamnés à s’écharper dans une bacchanale aquatique. Coppola avait ses chevaux cabrés dans Rusty James, Leong balance du poisson combattant, et l’allégorie politique tombe comme une enclume : Hong Kong, coincée entre tradition et modernité, nage dans son bocal en attendant l’échéance fatidique de 1997.

Sur le papier, c’est un slasher tropical : un prof trentenaire, ses élèves en sortie scolaire, une île « déserte » et des psychopathes en maraude. Mais Leong tord la formule. Les bad guys ? Trois frères dégénérés, guidés par le spectre d’une mère castratrice, véritables rejetons de l’île, comme enfantés par une géologie en rut. Le plus grand encaisse les coups de tronc d’arbre dans le torse sans broncher, cartoon gore qui ridiculise l’idée même de fragilité humaine. Et quand l’un des étudiants est torturé à coups d’oursins plantés dans la peau, on ricane malgré soi : l’horreur a parfois le goût du sadisme potache.

Le style ? Un carnaval schizophrène : caméra convulsive à la Raimi, atmosphère bis qui flirte avec le grotesque, ambiance familiale façon Massacre à la tronçonneuse recrachée en dialecte cantonais. Le tout porté par un cynisme assumé, presque joyeux, comme si Leong se régalait de transformer chaque scène en pied-de-nez sanglant.

Et puis il y a Cheung, prof mélancolique revenu sur son île comme on retourne dans un cauchemar d’enfance. Figure pathétique, il symbolise un Hong Kong adulte, mais orphelin, piégé dans un monde primitif où l’histoire dévore ses fils. Dans son dernier souffle, le film se mue en fable cruelle : trois petits cochons traqués non par un loup, mais par trois, dans un huis clos de vase, de sueur et de sang. Comme des poissons qui s’entre-dévorent. Comme une cité qui se noie dans sa propre cage.

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