« The grudge » et son remake

Avant de réaliser le remake et d’exploser le box-office américain, Takashi Shimizu avait déjà mis en scène un premier The grudge. Enquête.

The grudge version Soleil Levant raconte presque la même histoire que le remake Américain (Rika, une assistante sociale, se rend dans une maison, sur laquelle pèse une malédiction, pour s’occuper de Sashie, une vieille dame alitée. Elle y découvre un petit garçon enfermé dans un placard, avant d’être agressée par un esprit malfaisant) mais avec un style tellement déroutant qu’il est à la fois moins limpide et moins accessible.
Dans le remake, des acteurs américains (Sarah Michelle Gellar, Clea DuVall) sont cordialement invités à venir se perdre au Japon. Dans l’original, il n’y a pas cette dimension corrosive où des étrangers sont perdus faute de repère et de communication.
En revanche, dans les deux cas, l’angoisse naît de la répétition et de l’impression que quelqu’un nous observe. A ce titre, dans l’original, le travail sur le son, les jeux de lumière et la profondeur de champ ainsi que la précision des cadres suffisent à instaurer une ambiance oppressante reposant sur l’allusif et les reflets. Des travellings simples et discrets donnent la sensation que l’horreur est située à la périphérie ; ce qui a pour but d’instiller un climat d’angoisse pesant.
Mais, à défaut de constituer une entité propre et linéaire, The grudge version 1 est avant tout un film à sketches qui préfère impressionner sans expliquer les enjeux dramatiques, les motivations des personnages ni même les personnalités. L’efficacité des effets ne pallie pas l’absence d’un scénario qui se contente de répéter les mêmes procédés ad vitam. Sur une heure trente, c’est rébarbatif mais la tension reste à son comble puisque, même lors de moments de répit, on a la sensation qu’il va se passer quelque chose.
L’intrigue trahit l’influence du cinéma fantastique japonais contemporain dont les deux summums restent les immenses Ring et Dark water. Outre qu’elle sied bien au sujet, cette impression de déjà-vu n’est qu’un péché véniel dans une industrie où tout le monde se vole des idées. Mais Shimizu néglige l’émotion et recycle beaucoup d’idées empruntées à d’autres sans la touche innovante qui aurait pu faire la différence. Le fait qu’il récuse toute psychologie ne joue pas à son avantage mais c’est précisément le même traitement qui a été réservé à la relecture de son propre film. Audace supplémentaire dans ce remake incorruptible…

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