Disponibles en direct-to-Shadowz, The Feast de Lee Haven Jones et The Last Thing Mary saw de Edoardo Vitaletti sont deux premiers longs métrages qui ont le mérite de mettre les pieds dans le plat et de s’attaquer chacun à sa façon abrasive à la sacro-sainte cellule familiale.
Commençons par The last thing Mary Saw qui, soyons honnêtes, sentait la witcherie à des kilomètres à la ronde, et pour cause: en 1843, la fille aînée d’une famille modeste est jugée, tromblon sous le menton, pour des faits révoltants qu’on devine peu orthodoxes. Chapitre après chapitre, on revient sur la raison qui a mené la condamnée sur l’échafaud, à l’origine déclenchée par une histoire d’amour interdite avec sa servante. Si visuellement, le film lorgne vers le réalisateur Robert Eggers (image délavée et sous-exposée: quel plaisir pour les yeux, n’est-ce pas?), le lent jeu de massacre évoque davantage une variation horrifique d’un certain Lady Macbeth. Bien sûr, ça tape sur ces saletés de cul-bénis homophobes à tout bout de champ, et bien sûr, on est là pour ça. Mais la forme emballe moins que le geste, tout en froideur cintrée.

La mise en scène du jeune Eduardo Vitaletti peine à nous inclure dans cette descente aux enfers, loupant par la même occasion la caractérisation du couple tabou, dont on est censé partager toutes les peines du monde. On regarde sa montre pendant que des visages contrits s’épouvantent à la lueur des bougies, avec comme maigre consolation, la présence de deux actrices zinzins comme on aime: Isabelle Furhman, la mémorable Esther du film éponyme (dont on attend toujours la suite!) et la terrifiante Judith Roberts, autre fois voisine sulfureuse de Eraserhead et spectre dentue de Dead Silence. Les amateurs seront prévenus.

Petit vol jusqu’au pays de Galles avec The Feast, qui baigne, lui aussi, dans un esprit très A24 (niveau de surprise: aucune). Les nombreux beaux plans au cordeau, l’utilisation de la musique classique (le Nisi dominus de Verdi, qui annonce des choses terrrrrrrribles à venir), l’esthétique achtung achtung et les personnages grinçants convoquent tranquillement toute la panoplie Lanthimos. Nous voilà sur le traditionnel tableau de l’inconnue dans la maison, ici une nouvelle domestique venue servir une famille bourgeoise en plein préparatif au milieu de nulle part. La coquine n’étant évidemment pas venue pour uniquement ranger les torchons, on se retrouve cette fois avec du pur «eat the rich», avec un virage vers l’horreur trash qui tente en vain d’ébranler les spectateurs encore concernés. Caressant du bout des doigts la folk-horror, The Feast rate ses incartades chocs et donne l’impression de voir un serveur brandir maladroitement, et en retard, un bon plat refroidi. Bref, si on devait résumer cette fournée familiale, on dirait (pour la trouzième fois) que les bonnes intentions (vive les lesbiennes/taper sur les catho intégristes/marcher sur les bourgeois/respecter la nature) ne suffisent décemment pas. J.M.
