«The Bride»: la mariée était flippée

[JEUDI DE L’ANGOISSE] On connaissait le beau-père sanguinaire, le fils maudit ou la serial mother… Avec The Bride, le cinéma russe nous apprend aussi à nous méfier des gentils maris, et de leurs traditions familiales. Attentions, frissons slaves!

La Russie continue sa discrète invasion du rayon direct-to-video, avec cette fois la sortie, en VOD exclusivement, d’un de ses derniers succès locaux, The Bride. Un film d’angoisse, un vrai, qui n’est pas le premier coup d’essai de son réalisateur Svyatoslav Podgayevsky. C’est à lui qu’on devait une très efficace série B restée inédite de ce côté-ci de l’Europe, Queen of Spades : the dark rite. Pas révolutionnaire (le scénario était pas mal inspiré de Candyman), mais suffisamment bien troussé et interprété pour que The Bride soit attendu avec curiosité.

Contrairement à son prédécesseur, qui se déroulait essentiellement dans une barre HLM grisâtre, The Bride voit grand : l’histoire commence au XIXe siècle, dans un décor de campagne gothique pas éloigné de l’univers de la Hammer, alors que l’apparition de la photographie fait naître quelques macabres superstitions. À cette époque, les familles ont la drôle de manie de photographier leurs morts en tenue de mariage, et un veuf a décidé de pousser la tradition plus loin. Il veut conserver l’âme de sa femme sur celluloïd, et enterrer une innocente avec elle pour qu’elle se réincarne dans son corps… Plus d’un siècle après, Nastya, jeune et belle blonde, accepte d’épouser son copain Ivan. Toute à son bonheur, elle accepte de l’accompagner dans une maison isolée pour rencontrer la belle-famille et organiser un mariage «à l’ancienne». Bon, par contre, le voyage de noces n’est pas compris dans le contrat…

Si The Bride n’était pas aussi profondément ancré dans l’histoire et le folklore de son pays, on pourrait jurer avoir affaire à une production décentralisée de l’usine à frissons Blumhouse. D’ailleurs, un remake est en passe de voir le jour aux USA, et ce sont les scénaristes de la saga Conjuring qui s’y colleront. Preuve que Podgayevsky a su intégrer et réinterpréter les codes de l’horreur moderne, édictés entre autres par James Wan et ses suiveurs hollywoodiens. Le scénario de The Bride, passé le soin qu’il met à nous mettre le trouillomètre à zéro en filmant des cadavres immobiles aux yeux peints, n’est pas d’une folle originalité. À partir du moment où Nastya, pas bête mais un peu trop naïve, s’installe dans la vieille demeure de sa nouvelle famille, le film bascule dans une ambiance de «maison hantée» aux rebondissements familiers. On y décèle de lugubres silhouettes dans chaque recoin, on y entend de drôles de bruits dans les cloisons, les fenêtres sont assaillies de spectres… Classique, mais une fois encore, Podgayevsky parvient à doser avec assurance ces différents ingrédients, enrichissant progressivement la mythologie de la famille d’Ivan, tout en organisant des parties de cache-cache spectral particulièrement tendues, et en jouant sur plusieurs temporalités. Une belle surprise, venant d’un pays pourtant peu prolifique dans le genre.

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