Après les catastrophes qu’ont constitué All’s fair et la saison 3 de Monsters, on guettait le prochain forfait de Ryan Murphy, les poings sur les hanches : ah que voilà The Beauty, annoncé en grandes pompes à coup d’affiches flamboyantes nous vendant un pitch de virus de jouvence. À force d’évoquer rajeunissement trash et seringues trop remplies, le jugement tombe : Ryan ne nous ferait-il pas sa Substance à lui ? La défense, scandalisée, évoque l’impossibilité de la chose puisqu’un comics du même nom, édité entre 2016 et 2022, est à l’origine du show. On en baisserait les bras si un fossé énorme ne se tenait pas entre la BD et la série : Murphy s’est contenté de reprendre quelques éléments du premier numéro, délaissant complètement l’aspect hard-boiled assez sobre de l’œuvre de Jeremy Haun et Jason A.Hurley, optant pour la voie du body-horror sardonique qui éclabousse. Ajoutons à cela des dates de tournages ouvertes à débat (2022 pour le film de Coralie Fargeat, 2024 pour la série), le choix du has been Ashton Kutcher en bad guy (c’est, surprise, l’ex de Demi Moore pour ceux qui ne lisent pas Gala) et quelques éléments scénaristiques concordants : comme dans The Substance, le virus (qui commence par une injection of course) ne se contente pas de rendre plus jeune, mais fabrique une meilleure version de la personne contaminée. Bref, on s’excite, on s’excite, mais si seulement il s’agissait du seul problème…
Intro haut potentiel chaos : Bella Hadid, sous la tenue glossy d’un mannequin fictif, pète un câble en plein runway, agresse des passants, défonce le bitume parisien à moto, boit l’eau des chiottes dans un troquet et finit par exploser en mille morceaux sur des CRS. Sur le papier, on signe immédiatement. À l’écran, on a davantage l’impression d’assister à une prod Besson du début des années 2000. L’heure est donc grave : un peu partout dans le monde, des gens beaux se mettent à repeindre les murs avec leurs tripes après un gros coup de chaud. On dépêche deux agents du FBI (Evan Peters et Rebecca Hall), sorte de Mulder et Scully qui assumeraient enfin de s’envoyer en l’air mais n’arrivent pas à avouer leurs sentiments (pas d’applaudissements). L’origine du mal tiendrait à une MST galopante et transmise parfois sciemment, transformant n’importe quel quidam en créature parfaite après une mutation douloureuse et gluante. Mais l’effet est limité et l’explosion est au rendez-vous.
La piste de ce virus aussi dangereux qu’arrangeant remonte jusqu’au manoir d’un milliardaire tendance Elon Musk (incarné par un Ashton Kutcher manifestement persuadé que ce contre-emploi va sauver sa carrière), qui a évidemment bien profité du sérum originel et ne supporte pas que le peuple en jouisse à son tour dans la plus totale illégalité. Bref, le tableau est planté dès les deux premiers épisodes et le reste tournicote sur lui-même durant l’intégralité de la saison, à répéter ad nauseam les scènes de transformations, alors que nos deux agents crapahutent en décalage avec le spectateur déjà averti. On baille fort, et le rythme imposé ne fait qu’accroître l’inertie générale, avec un ou deux épisodes par semaine à durée variable. Un mois et demi de diffusion : ressenti un an.
Ryan Murphy semble titiller le bon souvenir de son Nip/Tuck (la beauté est une malédiction, blablabla), à l’époque volontiers transgressif et racoleur jusqu’à l’inconscience, alors qu’ici tout semble téléphoné et faussement shocking. Le cocktail de drôlerie et de venin attendus se dilue dans du thriller gore high-tech enfonçant des portes ouvertes à tour de bras. Passé l’éviction de la formidable Rebecca Hall (au bout du deuxième épisode tout de même !!), on ne s’accrochera qu’aux apparitions d’Isabella Rossellini, qui confirme toujours l’appétence de Ryan Murphy pour les vieilles folles. En miroir de son rôle de grande prêtresse de la jeunesse éternelle dans La mort vous va si bien (jusqu’à faire ressortir sa tenue iconique), elle y incarne une ultra-riche dégoûtée de son monde, refusant le bistouri tout en passant le plus clair de son temps à rudoyer son insupportable mari. Ou à brûler du Artemisia Gentileschi à la maison juste pour le geste.

Ce sont probablement les seuls moments à savourer de ce show trop occupé à passer à côté de son sujet.
Depuis 2026 | 60 min | Drame, Epouvante-horreur, Policier, ThrillerCréée par Ryan Murphy, Matt Hodgson Avec Evan Peters, Anthony Ramos, Jeremy Pope Nationalité U.S.A. |
Depuis 2026 | 60 min | Drame, Epouvante-horreur, Policier, Thriller

![[LE FILS DU REQUIN] Agnès Merlet, 1994](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2019/01/Le-fils-du-requin-003-1068x705.jpg)
