« Taxidermie » : Interview György Palfy

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Cinéaste inclassable auquel on doit déjà Hic, étrange chronique sur un mystère insaisissable, György Palfy vient de secouer la Croisette avec Taxidermie. Un entretien s’impose.

D’où vous vient la fascination pour le cochon déjà fortement présent dans Hic et passé à toutes les sauces (métaphoriques, sexuelles…) dans Taxidermie ?
György Palfy : C’est un mystère que je n’arrive pas à expliquer moi-même. Je me souviens déjà que dans Hic, je n’avais déjà pas compris pourquoi il y avait autant d’animaux. Finalement, je me suis rendu compte que je les aimais peut-être plus que les êtres humains. Je ne suis pas pour autant un tortionnaire. En ce qui concerne la scène de la dissection du personnage, évidemment, ce n’est pas un vrai être humain sur lequel on a travaillé mais on a cherché ce qui ressemblait le plus à un être humain dans sa composition. On a opté pour le cochon que l’on a disséqué. Certains ne me le pardonneront pas mais de toute façon, je pense que certains ne me pardonneront pas le film. Contrairement à ce que certains journalistes ont dit, je n’ai pas eu recours à un performer pour les scènes finales parce qu’il n’aurait jamais voulu sortir son coeur.

Comment aimeriez-vous que l’on considère le film ?
Hic était également un film très structuré. Pour se rapprocher du film, le meilleur serait de le comparer à l’art contemporain. Certes, beaucoup de films m’ont inspiré, mais je ne peux pas les énumérer puisque quand j’ai tourné, j’ai essayé de les oublier. J’apprécie particulièrement les artistes spécialisés dans le body art et plus précisément qui ont travaillé avec des animaux.

Que pensez-vous du travail de Matthew Barney par exemple ?
Je trouve que certains éléments de son cinéma sont bons : comme un artiste d’art contemporain, il peut très bien être intégré dans le film.

Comment écrivez-vous vos films ?
J’ai écrit avec Zsofia Ruttkay qui était déjà ma co-scénariste pour Hic. On a pris deux nouvelles d’un écrivain hongrois contemporain dont je suis tombé amoureux. Quand j’ai trouvé dans ces deux nouvelles une structure de saga familiale, j’ai eu l’envie de réaliser ce film. La troisième partie a été écrite à partir des deux premières mais elle possède de vraies correspondances.

Vous semblez avoir eu les coudées franches ?
Les producteurs ne m’ont pas donné d’argent. Les simples compromis que l’on a eus étaient d’ordre financier. Autrement, au niveau de la narration, j’ai eu la possibilité de faire ce que bon me semblait.

Pouvez-vous me parler de la scène de la réception où ils font des concours de caviar ?
Je sais que cette scène risque d’être controversée. Personnellement, je ne vois rien d’humiliant dans cette séquence. Les gens regardent l’homme et la femme parce qu’ils s’empiffrent 20 kilos de caviar. C’est le défi en lui-même qui fascine. Je ne voulais surtout pas donner une image négative des gens obèses. Ce sont des compétiteurs hors norme.

Vous n’avez pas peur des malentendus ?
Ce film a déjà rencontré du public. La plupart du temps, les gens comprennent et surtout voient au-delà des provocations. Il y a certainement des gens qui vont passer à côté. Lors de la projection, j’étais au fond de la salle et environ 40 spectateurs sont sortis. Ce qui montre que le film n’a pas été compris par tout le monde de la même façon alors que la structure est simple : la première partie est l’histoire du grand-père, la seconde celle du fils, la dernière, celle du petit fils.

En France, le cinéma Hongrois est représenté par quelques cinéastes comme Béla Tarr. Que pensez-vous de son cinéma ?
J’ai beaucoup de respect pour son cinéma. Notamment pour certaines de ses œuvres qui sont toujours inédites à l’étranger. J’adore Damnation, je suis moins fan des Harmonies Werckmeister parce qu’il a, à mon sens, accordé trop d’importance à la forme pure.

Comme Béla Tarr, vous refusez les compromis. Est-ce que le cinéma Hongrois est plus libre ?
Disons que nous avons pas mal de chance. Dans les pays anciennement socialistes, les films d’auteur sont bien subventionnés. Même aujourd’hui, ce sont des films d’auteur qui peuvent avoir accès aux festivals. Si jamais un cinéaste se met à tourner des films populaires en hongrois, il n’aura jamais assez de public pour que la production soit rentable. Pour les faire en anglais, cela coûterait plus cher. Il suffit de rassembler une somme d’argent et le réalisateur est libre de le dépenser de la façon qu’il veut.

Le personnage féminin principal est-il inspiré de Divine ?
Oui, l’actrice est parfaitement consciente de cette ressemblance. Elle adore même qu’on la compare à Divine. J’adore le cinéma de John Waters. Pour le rôle de championne de bouffeuse sportive, on avait besoin d’un corps pareil. Mais je tiens à vous rassurer sur le fait qu’il s’agit vraiment d’une femme.

Quels sont vos projets ?
Ce qui m’intéresserait, ce serait de voir comment on peut faire de l’argent au cinéma. J’aimerais bien ouvrir mes spectateurs en ne négligeant pas mon propre langage. Je suis arrivé avec deux projets : l’un est un conte d’Andersen ; le second tourne autour de la légion étrangère, basé sur le roman populaire d’un écrivain Hongrois.

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