« Talon Falls » de Joshua Shreve sur Shadowz pour Halloween : le carnaval de la frustration

Halloween approchant, notre marchand de cauchemars préféré, Shadowz, sort ses masques et ses tronçonneuses. Et quoi de mieux, pour sceller l’alliance entre le cinéma d’horreur et le commerce forain, qu’un film tourné directement dans un parc d’attractions ? Talon Falls, rejeton improbable d’un screampark du Kentucky avait tout pour devenir une perle sanglante, un freak-show moderne où les artifices de la fête se confondraient avec un abattoir clandestin. Tout, sauf l’essentiel : la folie, le culot et la chair vive derrière le latex.

On nous jette d’entrée la fin à la figure, comme un prestidigitateur qui vous montre la carte avant le tour. Une final girl en sang, un camion providentiel, et hop, retour en arrière pour boucher quatre-vingt-dix minutes avec ce qu’on sait déjà : tout le monde est foutu. L’idée aurait pu fonctionner si elle avait été revisitée au milieu du film. Mais non. Le rideau est levé, les coulisses sont visibles et le grand “twist” final a la subtilité d’un spoiler sur l’affiche. Merci, circulez, y’a rien à voir.

Rien, sauf des seaux d’hémoglobine sans vraiment de substance. Le film promet de l’écorché vif, du sadisme ludique, mais préfère se couvrir d’éclaboussures sans jamais plonger la caméra dans la plaie. On coupe toujours à la seconde fatidique comme si les bourreaux eux-mêmes hésitaient à salir leurs outils. Résultat : deux moments à sauver, une oreille tranchée et un ongle arraché, brefs spasmes d’inventivité dans un océan de gore assez pudique. Or, quand on bâtit tout un spectacle sur la torture, il faut oser la montrer.

Le pire est peut-être la logique interne. Le parc est réel, connu, peuplé de centaines de figurants authentiques. Mais on voudrait nous faire croire qu’il peut engloutir chaque soir des dizaines de touristes sans que le FBI ou même un journaliste local n’y fourre son nez ? Le film accumule les cadavres comme on empile des peluches dans une machine à pinces, mais oublie qu’un tel business exige une logistique, un silence complice, une police achetée ou au moins quelques hamburgers à la chair humaine pour rentabiliser la filière. Là rien : juste un trou béant qui vomit des corps comme un gag macabre déplacé.

Néanmoins, visuellement, il y a du talent. Le réalisateur Joshua Shreve, épaulé par son chef op Jeff Steinborn sait donner des atmosphères : chaque zone du parc a sa lumière, son humeur, son microclimat visuel. On sent l’artisan qui veut bien faire, qui compose avec peu et parfois ça brille. Les acteurs aussi font le job : ils sont insupportables pile comme il faut, prêts à se faire découper. Mention spéciale à Brad Bell, dont le personnage est si odieux qu’on applaudit presque sa mort, petit plaisir sadique accordé au spectateur frustré.

Tout cela ne suffit pas. Talon Falls échoue là où il aurait dû triompher : dans l’excès. On attendait une orgie sanglante, un carnaval de viscères, une machine infernale où le parc devient la métaphore ultime du spectacle cannibale. On récolte une attraction bancale, trop consciente de ses limites, trop sage dans ses meurtres, trop maladroite dans sa narration. On voudrait l’aimer, vraiment, parce que l’idée de départ est fabuleuse : filmer l’horreur en son sein commercial. Mais à force de prudence, de faux-semblants et de demi-mesures, le manège tourne à vide.

Alors, on sort du parc frustré, avec l’impression d’avoir payé pour une montagne russe qui s’arrête en plein looping. On se dit que Shreve, malgré ses maladresses, a du potentiel, qu’avec un script plus audacieux et des chaînes moins serrées, il pourrait livrer autre chose qu’une copie pâle de ses promesses. En attendant, Talon Falls reste une curiosité : un film qui promet l’abattoir et ne livre qu’un stand de barbe à papa dégoulinant de sirop de cerise.

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