Après Shotgun Stories, Jeff Nichols donne un nouveau rôle en or à Michael Shannon, acteur au-delà de tous les superlatifs, dans Take Shelter. Le premier grand film de 2012.
Comment avez-vous travaillé les effets spéciaux et les visions (les oiseaux qui se cachent pour mourir, la pluie jaune, les cieux menaçants)?
Après avoir rédigé le scénario, je savais que la réussite de Take Shelter dépendrait des effets spéciaux : est-ce que l’on montre ou on suggère les visions apocalyptiques? Il fallait faire très attention. Mon ami et producteur exécutif Brian Kavanaugh-Jones m’a alors mis en contact avec Colin et Greg Strause qui dirigent le studio Hydraulx. Ils sont arrivés très tôt dans le projet, en tant que producteurs. Sans eux, rien de ça n’aurait été possible. Ainsi, les rêves paraissent réels. J’ai toujours aimé les éclairs et les tornades, je voulais des nuages à la fois beaux et dangereux en même temps. La pluie jaune apparaît comme un symptôme anormal révélant que la nature va mal. La pluie est tellement pure et purificatrice que le fait qu’elle soit contaminée paraît dérangeant. L’idée des oiseaux vient d’un ami qui m’a envoyé une vidéo d’étourneaux composant un nuage qui s’étire, se resserre puis se dilate à nouveau. Comme une étrange danse à géométrie variable. L’idée des meubles en suspension, elle, vient d’un court métrage d’ami au collège, Peter Sattler. Il a produit le même effet en miniature et ça m’a toujours impressionné. Je voulais voir l’impact d’une tornade à l’intérieur d’une maison. Curtis voit sa vie réduite en mille morceaux : il y a une progression (d’abord le chien, puis l’ami, puis la femme) et sa petite fille est récurrente dans ses songes. C’est une peur universelle que de perdre ce qui nous est proche.
Jessica Chastain, révélée à Cannes avec The Tree of Life, de Terrence Malick ?
Là encore, un coup de chance. Je ne connaissais pas Jessica. Mais la productrice exécutive Sarah Green, également productrice de The Tree of Life, me l’a chaudement recommandée. J’ai bien fait de l’écouter. Jessica a été un ravissement sur le tournage, elle porte les émotions à fleur de peau. Et puis quel honneur de la révéler avec Terrence Malick…
Take Shelter parle aussi de communication. Le personnage principal a une petite fille sourde-muette. De même lors de la scène finale, Michael Shannon et Jessica Chastain communiquent par le regard. Il n’y aura qu’un mot bref mais qui résume tout.
Pendant l’écriture, je me demandais pourquoi certains couples survivent et d’autres échouent. Et l’échec vient du manque de communication. Il y a beaucoup de choses que les hommes sont effrayés ou ont honte de partager avec leurs femmes, de peur de paraître faibles ou vulnérables. Ce problème de communication, c’est la première faiblesse de Curtis. Dans cette famille, ils se battent tous et apprennent tous à communiquer d’une nouvelle façon. La surdité n’est pas simplement le mal qui ronge la petite fille, ça s’étend à tous les niveaux.
Quels sont vos projets?
Je viens de terminer mon prochain film, Mud, et nous sommes actuellement en plein montage. Nous espérons le finir pour printemps 2012. Cela suit deux adolescents de 14 ans qui trouvent un homme en cavale, planqué sur une île du Mississippi.

