LA PLAYLIST DE JEAN-JACKY GOLDBERG – FACE B
Maya — Lait de Coco
Un petit tube de funk pop française de 1987 remis à la mode il y a deux ans par une compilation sortie chez Favorite Recordings: French Disco Boogie Sounds Vol.3 (1977-1987, selected by Charles Maurice). Derrière ce morceau, on trouve un DJ de radio décédé depuis, Philippe Touboul (au chant), et ses deux acolytes Christophe Laurent et Olivier Andres (auteurs, compositeurs et danseurs sur la vidéo). Ce que j’aime particulièrement, et c’est accentué par la vidéo que l’INA en a ressorti (un passage lunaire à France 3 Reims), c’est que ça anticipe totalement l’ironie contemporaine. C’est déjà post-kitsch. Je veux dire, c’est d’emblée, dès sa fabrication en 1987, un morceau de 2018, parodique. On te dirait que le morceau et le clip ont été faits hier, tu le croirais. Et c’est surtout, au premier degré, un putain de bon morceau.
The Blackbyrds — Mysterious Vibes
Créé par des élèves du grand trompestiste Donald Byrd, et nommé en son honneur, The Blackbyrds est un des groupes piliers du jazz-funk. Hyper samplé par le hip-hop (on en compte 64 sur whosampled.com), ce morceau de 1977, avec son saxo et ses voix alto, son smooth et son romantisme, incarne à la perfection l’esprit de son époque. Si ma vie était une série télé, je ne serais pas contre avoir le début de Mysterious Vibes comme générique de début.
Alain Bellaïche — Sun Blues & Sea Fluorescent
C’est un diptyque que j’ai piqué au Late Night Tales de Floating Point (série de compilations presque toujours géniales): deux morceaux d’Alain Bellaïche, un mec qui a sorti quelques très bons albums de psyche folk au milieu des années 70, et collaboré notamment avec Richard Pinhas (dans Heldon). Je ne sais pas ce qu’ils prenaient en 76, mais ça avait l’air bien.
Helado Negro — Pais Nublado
Un jeune type de Brooklyn, de parents équatorien, qui fait aujourd’hui une sorte de Bossa nova en espagnol. C’est comme ça qu’on sourit (c’est lui qui le dit) (c’est le nom de son album).
Chico Buarque & Ennio Morricone — Rotativa [Roda Viva]
Quand un des pontes de la bossa nova s’exile en Italie pour échapper à la dictature, et s’associe au plus grand compositeur de musiques de film italien, ça donne Per un pugno di samba, qui s’ouvre avec ce morceau baroque, son clavecin qui fait tourner la tête et ses cuivres entêtants. Comme un giallo à Rio. (Aureliano, pourquoi tu ne m’en as pas parlé plus tôt?)
Christophe — La route de Salina
Il était impossible de ne pas mettre un morceau de Christophe dans cette playlist, mais choisir n’était pas facile. La route de Salina, BO d’un film de George Lautner de 1971, m’a semblé naturellement s’y intégrer. Je l’écouterais tous les soirs sans fin.
Bonnie Beecher — Come Wander With Me
Chanson éponyme d’un épisode inoubliable de La quatrième dimension (le dernier à avoir été tourné en 1964, et peut-être mon préféré, revu pendant le confinement), Come Wander With Me est d’une tristesse infinie, chantée par une folk singer damnée, qui nous invite à errer avec elle pour l’éternité. Vincent Gallo, autre âme damnée, l’utilisera dans la BO de son Brown Bunny.
Maria Monti — Il letargo
Je dois la découverte de cet album au très sûr Fernando G.. C’est le joyau du Bestiario, un album concept sur les animaux, comme son nom l’indique, réédité par un petit label d’Austin Texas, Unseen Worlds. Une sorte de folk animiste et mystique, chantée divinement par cette milanaise également actrice (elle joue dans 1900 de Bertolucci et Il était une fois la révolution de Leone), et composée par une avant-garde jazz et électro-acoustique de l’époque (Alvin Curran, Roberto Laneri et Steve Lacy). Une invitation à hiberner (Letargo en italien).
Gigi D’Agostino — L’amour toujours
Depuis que je l’ai écouté à la fin d’Uncut Gems, à Toronto en septembre dernier, ce morceau bien débilos m’obsède. Je rêvais de le jouer à une fête à Cannes, mais ce ne sera pas pour cette année, alors je me rattrape ici, en ayant l’impression de renverser tous les verres de vin sur la nappe. L.O.V.E..

