[SUMMER PLAYLIST CHAOS 2020]

LA PLAYLIST DE JEAN-JACKY GOLDBERG – FACE A

Yves Tumor — Kerosene!
Je commence avec le morceau que j’ai le plus écouté pendant le confinement, grâce à Carole B. qui m’a mis la puce à l’oreille fin mars. Pour la citer, «on pense à Prince, Marvin Gaye, Block Party, Ariel Pink, D’Angelo…». Ouais tout ça. C’est (surtout) du rock, et c’est édité par le mythique label électro Warp records. Je suis sûr qu’on a tous eu un morceau qui nous a fait dire, ces derniers mois, «quand tout ce bordel sera fini, je danserai jusqu’au bout de la nuit avec des gens sur ce truc». Ben pour moi, c’est ce truc. Kerosene point d’exclamation.

KOKOKO! — L.O.V.E. feat. Nyangombe
Découvert grâce à l’intrépide Yael L., Kokoko! est un collectif zaïrois formé lors d’une block party à Kinshasa en 2016. Ils jouaient avec des instruments de fortune, quand un producteur français fureteur, à l’oreille affutée, Débruit, les a remarqué, et emmené avec lui en studio. Ils méritent la gloire.

Idris Muhammad — Could Heaven Ever Be Like This
C’est un classique remis au goût du jour par Jamie XX qui l’a superbement samplé (et ralenti) dans Loud Places. Mais je ne l’ai découvert que l’été dernier, chez Yael, juste après avoir rendu ma playlist 2019. Et depuis 12 mois, je n’ai pas écouté mieux. Le track est resté tout en haut de mes playlists. Idris Muhammad était un batteur jazz américain, qui a évolué vers le jazz-funk dans les années 70, et donné au genre certains de ses morceaux les plus diaboliques — mais aucun autant que celui-ci. Si le paradis existe, j’espère qu’il est comme ça.

O’ Jays – Street Corner Felines (feat. Eddie Levert & Walter Williams)
C’est la BO que j’ai lu plus écouté cette année, du meilleur film de 2019: Dragged Accross Concrete, de S. Craig Zahler. J’aurais pu sélectionner She’s My Ice-Cream Sunday, Don’t Close The Drive-In ou Shotgun Safari, mais c’est Street Corner Felines (quelle science du titre!) qui s’intégrait le mieux ici. Le morceau est signé The O’Jays, groupe emblématique de la Phillie soul, toujours en activité après plus de 50 ans de carrière.

Thundercat (feat. Michael McDonald et Kenny Loggins) — Show You The Way
Thundercat est un musicien touche-à-tout de génie, de ceux qui ont le plus façonné le L.A. sound depuis dix ans, en solo (quatre albums magnifiques) ou aux côtés de Kendrick Lamar et Flying Lotus. Ici, il s’associe aux deux vétérans du Yacht Rock, Michael McDonald et Kenny Loggins — a.k.a. The Doobie Brothers, auteurs du grandiose What a Fool Believes — pour un morceau hommage ultra eighties, ultra généreux, ultra smooth. Clip très drôle, par ailleurs.

Steely Dan — Deacon Blues
On reste dans le Yacht Rock avec Steely Dan et leur meilleur morceau: Deacon Blues. Pourquoi? Parce qu’il m’a permis de faire ma meilleure partie de billard cet hiver, en rattrapant quatre boules de retard pile pendant les 7 minutes 30 que dure le morceau. Les paroles sont assez ésotériques, elles aussi très L.A. (Malibu 77 pour être précis), l’histoire assez absconse d’un saxophoniste de seconde zone qui rêve de grandeur. «Learn to work the saxophone / I, I’ll play just what I feel / Drink Scotch whisky all night long / And die behind the wheel».

Hall & Oates — Abandoned Luncheonette
J’ai longtemps cru qu’Hall & Oates se résumait au ringard (quoi que délectable) You Make My Dreams Come True qu’on entend dans mille comédies américaines quand le héros voit ses rêves s’accomplir. Et puis, comme ça se passe souvent, j’ai découvert le reste, notamment leur second album, de 1973, à laquelle cette chanson donne son nom. Ca commence gentiment pendant 1 minute, en mode piano bar, puis un pont amène une certaine gravitas, et à 2 minutes, bim, le saxo débarque et ça plie le game, avant les choeurs et les violons à la fin. Je crois que ça parle de deux petits vieux dans un restaurant abandonné, mais pas n’importe quel restaurant: une luncheonette, ces espèces de mini-diners logés dans des wagons de train, typiquement américains. On comprend qu’ils ont travaillé là par le passé, et aujourd’hui ils hantent le lieu, en faisant semblant de boire du coca, les yeux dans les yeux. Quand je l’écoute, j’imagine Ed Hurley et Norma, toujours in love dans la saison 6 de Twin Peaks.

Happy End — Fuuraibou
De 1969 à 1972, Haruomi Hosono, Eiichi Ohtaki, Shigeru Suzuki et Takashi Matsumoto ont joué dans un groupe de folk rock nommé Happy End, très connu au Japon, dont Azoury a déjà parlé ici, et que vous connaissez sans doute pour le morceau Kaze Wo Atsumete utilisé par Sofia Coppola dans Lost in Translation. Fuuraibou est le premier morceau de leur 3e album, le plus beau. Il s’appelle Happy End, comme leur premier album — je sais, c’est bizarre. Ils ont un jour débarqué à Los Angeles, sans parler anglais, sont allés direct dans le Sunset Sound Records et on demandé au producteur Van Dyke Parks (qui avait travaillé avec les Beach Boys sur Smile en 1967) de faire pour eux son fameux «Californian sound». Le mec hésita, et quand il vit la valise de billets qu’ils avaient avec eux, il s’exécuta. Apparemment, ils ont eu du mal à communiquer, mais ça ne les a pas empêché de devenir amis.

Haruomi Hosono — Sports Men
On reste avec Haruomi Hosono, cette fois en solo. Sports Men est un de ses hits, composé en 1982 sur l’album Phillarmony, emblématique de la City pop, qui, d’une certaine façon, est au Japon ce que le Yacht Rock est aux Etats-Unis. J’adore, ça me donne l’impression d’être Nicky Larson quand je l’écoute.

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