SUMMER CHAOS MIX 2021

LA SELECTION DE JEAN-JACKY GOLDBERG


Great Day — Madvillain
Une belle journée pour commencer, en hommage à l’un des meilleurs, MF Doom, mort le 31 octobre 2020.


Silly Games — Janet Kay
Sur le dance floor du sublime Lovers Rock de Steve McQueen, on dansait au son des jeux imbéciles de Janet Kay, et on serait bien inspirés d’en faire autant.


Pleocene — Haruomi Hosono
C’est par hasard, en préparant ma playlist 2019, que j’ai découvert Haruomi Hosono (grâce à une reprise de Mac DeMarco). Deux ans plus tard, j’ai pratiquement terminé d’écouter sa discographie (en réalité beaucoup trop vaste pour être complètement explorée). Et Hosono est devenu un des trois artistes dont j’emporterais l’oeuvre sur une île déserte. Ce morceau, sur l’exquis album omni sight seeing de 1989, date de sa période ambient, qu’il mixe ici avec des influences world. C’est un morceau assez basique, pop, avec des coeurs irrésistibles, qui a la grandeur des comptines universelles, tout en étant le truc le plus japonais qui soit. Et aussi un peu alien, soyons honnêtes. C’est la chanson que j’ai le plus écouté ces douze derniers mois, le compagnon ultime — «conveying an oceanic feeling».


Word II — Shigeo Hiketo
On reste au Japon, et on reste dans la sphère d’influence de Mac DeMarco, qui a samplé ce morceau de jazz-ambiant pour son fameux Chamber of Reflection. D’après ce que j’ai lu, Hiketo était un virtuose du clavier qui a tout donné dans une série de 4 albums de reprises et de compos originales, au synthé, dans les années 70 (en l’occurrence 75, grande année)


Torpi — Marco Castello
On est fin juin, et je n’ai toujours pas écouté meilleur chanson d’été que celle-ci. Donc elle gagne le concours, haut la main. Cette basse… Marco Castello, c’est un pote d’Erlend Oye (des Kings of Convenience) qui jouait sur La Prima Estate. L’Italie à son meilleur, grazie al mio DJ Aureliano Tonet. «Ma sta canzone di merda non vuole finire».


Scenes from an Italian Restaurant — Billy Joel
J’ai vécu 40 ans sans vraiment me soucier de Billy Joel, pensant que c’était une espèce de Sardou américain, un personnage un peu ringard du répertoire variétoche ricain (et quand bien même ce ne serait que ça, ce serait déjà cool). Jusqu’à ce que j’écoute Scenes from an Italian Restaurant (placé ici histoire de transitionner en douceur d’avec l’Italie) un soir d’août 2020. Depuis, j’adore tout, et j’ai beaucoup plus de respect pour Sardou (j’déconne).


UFO — Jim Sullivan
Jim Sullivan, était un folkman hyper doué et maudit, qui s’est volatilisé un jour de 1975 (drôle d’année) au Nouveau-Mexique, après deux albums méconnus. Peut-être enlevé par un OVNI. En décembre, Olivier Lamm a écrit un superbe papier sur lui dans Libé. Evidemment réédité par l’indispensable Light in the Attic.


The Dolphins — Fred Neil
Mon pote Ludovic pense que c’est la plus belle chanson du monde, et je ne suis pas loin de lui donner raison (disons ex-aecquo avec 200 autres). Autre folkman maudit, qui a écrit cette chanson en 1967, en même temps qu’Everybody Talkin’, avant de la céder en 1970 à Harry Nilson qui en a fait le tube qu’on connait. Peu après, il a raccroché sa guitare, pour s’occuper… de dauphins. Quelqu’un capable de chanter avec cette voix de baryton «I’ve been searchin’ / For the dolphins in the sea / And sometimes I wonder / Do you ever think of me» a le droit de faire ce genre de trucs, franchement.


The Train — Frank Sinatra
Cette année, j’ai décidé de rattraper des lacunes, comme Frank Sinatra ou Le Parrain. Watertown, c’est un album conceptuel de 1970 qui a fait bide et n’a été redécouvert que plus tard. C’est l’histoire d’un homme qui doit élever ses deux fils, seul, dans un patelin pluvieux nommé Watertown, après que sa femme l’a quitté pour aller faire de le musique dans une métropole (belle inversion du cliché, au passage, qui m’a fait penser à Rebecah et Jack Pearsons dans This is Us, les vrais comprendront). Dans cette chanson, l’avant-dernière, il croit que son épouse revient enfin, il l’attend sur le quai de la gare, trempé jusqu’aux os… Mais personne ne descend du train. Et il reste là, comme un con, à répéter «But I can’t see you any place / And I know for sure I’d recognize your face». C’est le truc le plus déchirant du monde, et comme c’est chanté joyeusement, c’est encore plus déchirant…


Isn’t It Wonderful — David McCallum
David McCallum est surtout connu comme acteur de séries anglaises, comme The Man from UNCLE, dans les 60’s, aux côtés de Robert Vaughn, mais il a aussi une carrière musicale dans ce qu’on nommera plus tard, à partir des années 90, l’easy listening. C’est produit par le maitre du genre, David Axelrod, et franchement c’est de qualité. Mais moi c’est dans une autre série, moins connue et cependant vertigineuse, sortie entre 79 et 82, que je l’ai découvert cette année (en tant qu’acteur, avant de m’intéresser à sa musique, donc). Elle s’appelle Sapphire & Steel, et je la soupçonne d’être une influence secrète de Christopher Nolan, qui ressemble d’ailleurs physiquement à McCallum. Celui-ci y joue Steel, un détective interdimensionnel au caractère bien trempée, qui résout des enquêtes dans des failles de l’espace-temps, aux côtés de sa collègue Sapphire. Chacune des 4 saisons est une enquête, découpée en huit épisodes de 25 minutes; c’est très statique, très théâtral, très psychédélique ; et la fin du dernier épisode (qui me fut spoilée par Mark Fisher dans ses Ghosts of My Life, mais je n’en ferai pas autant ici) est parmi ce que j’ai vu de plus dingue en 2020-2021. C’est l’époque résumée.


In Pursuit of Happiness — The Divine Comedy
Tube de 96 ou 97, que m’a fait redécouvrir C.H. un soir d’octobre ou novembre. Redécouvrir, c’est le mot, parce que bizarrement je n’étais pas fan à l’époque. Je crois que je trouvais ça grandiloquent; maintenant ça ne me gène plus du tout, au contraire.


Recharge and Revolt — The Raveonettes
Ce morceau apparaît dans la meilleure scène du premier volet (sur six) du meilleur film de l’année: Can’t Get You Out of My Head d’Adam Curtis. Il s’agit d’un documentaire sur le 20 siècle. Et le 21e aussi. Ambitieux? Dans cette scène en particulier, il monte en parallèle des gens qui dansent innocemment et des immigrés qui se font tabasser lors d’une manif par des fachos aidés des flics, dans l’Angleterre des 60’s. La chanson pourrait dater de cette époque, mais elle est sortie en 2011, illustrant l’état de stase culturelle dans lequel on est coincé.


Future Boy — Makeout Videotape
Une chanson de Mac DeMarco, au sein de son groupe avant qu’il ne devienne Mac DeMarco. Une chanson bien Lo-Fi, à la Guided by Voices, sans doute enregistrée sur un 4 pistes dans les toilettes d’un bar, avec de la vaseline sur la gueule et les mains (pour la ref: https://www.youtube.com/watch?v=RIY8iPXPSbs), bref tout ce que j’aime.


Ponta de Araia — Wayne Shorter
75, encore, décidément, fabuleuse année. Une collaboration entre Wayne Shorter et le brésilien Milton Nascimento (à la guitare et au chant), avec Herbie Hancock au clavier. Merci à l’algorithme de Spotify de me l’avoir joué et rejoué, sans cesse, cet hiver.


Places and Spaces — Donald Byrd
Encore une chanson de 75, promis je l’ai pas fait exprès, je ne m’en rends compte que maintenant, en écrivant. Peut-être mon morceau préférée de Donald Byrd, parfait hybride entre son jazz et ses aspirations funk. Aérien, envolé, enjoué… Et soudain, t’es dans les rues de New-York filmées par Friedkin, slalomant entre des pylônes de métro ou esquivant des seringues d’héro… Et puis hop, tu reprends le téléphérique et tu termines aux septièmes cieux, sautant d’une note de trompette à une autre. Epique.


Greeting to Saud — Pharoah Sanders
Bon, ok, j’ai eu une grosse phase psychedelic jazz fin 2020 début 2022. L’atmosphère s’y prêtait. En tous cas, à Los Angeles, c’est les seventies all over again. Ce morceau a été composé en 74 (pour changer) par le saxophoniste disciple de Coltrane, Pharoah Sanders. Qui a d’ailleurs sorti il y a quelques mois un album avec Floating Points, que je recommande aussi.


Lullabies… Mother sings… Father Plays — Roberto Musci
C’est Sylvain qui m’a fait découvrir cette chanson via notre playlist collective Bon Appétit. Je n’avais jamais entendu parler de Roberto Musci qui, d’après ce que j’ai lu, a énormément voyagé entre 74 et 85, en Asie, en Afrique et en Océanie, où il a collectionné des tas d’instruments, s’est imbibé de différentes culture, puis s’est mis à composer frénétiquement en rentrant en Italie, mixant ses influences world à de la musique électronique. Je n’ai rien écouté d’autre de lui encore, mais ce morceau est un ensorcellement, attaché pour moi à une nuit mémorable dans un bateau de pirates à la recherche d’un chat perdu.


Happy Cycling — Boards of Canada
Mon nouveau morceau préféré de mon groupe préféré, Boards of Canada. Je l’ai redécouvert en écoutant la extended version de leur premier album Music Has The Right to Children, dont c’est un bonus (mais qui avait été édité ailleurs aussi). Une lente montée de 5 minutes, un rythme entêtant piqué au Pink Floyd (à un morceau composé pour Zabriskie Point), des mouettes qui suivent le bateau, des voix d’anges suraiguës tirées de Jesus Superstar qui te font un peu flipper, un woop woop de synthé qui te scie la tête… et soudain, boom, l’explosion, le décollage, les étoiles, un peu ce que tu veux, et finalement des voix extra-terrestres qui t’accueillent comme si t’étais arrivé à la fin d’A.I..


Just Like We Never Said Goodbye — Sophie
Et on ne se dit pas au revoir avec Sophie, qui n’est pas du tout partie trop tôt.

Bonus:

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