« Studio 54 » de Mark Christopher: un vrai film chaos?

Fin des années 70, sur la 54ème rue de New York, surgit un lieu qui va très vite acquérir le statut de plus grande boîte de nuit de tous les temps : le Studio 54. Un soir, Shane, 19 ans, réalise son rêve et parvient enfin à pénétrer dans ce club mythique. Côtoyant les plus grandes stars, il découvre un univers, où se mêlent décadence et excès, et va en devenir accro. 

Dix ans plus tard, la parole libérée, le réalisateur Mark Christopher rejoue l’histoire comme un William Friedkin avec plein d’anecdotes, de superlatifs et de grandiloquence. Ce qui est sûr, c’est qu’il est vraiment à l’origine de ce projet d’un garçon débarqué de nulle part qui parvient presque à devenir célèbre dans l’endroit le plus glamour au monde, mais qui au final finit sur le trottoir, jeté à la rue par la personne même qui l’y avait fait entrer. C’est lui qui a écrit le scénario au début des années 90 en réaction à la décennie du cynisme, en se remémorant les sentiments de fête et de liberté qui avaient atteint leur apogée à la fin des années 70 dans un endroit appelé Studio 54. Histoire de se rappeler que la fête était bien finie. 

Mark Christopher connaissait bien les fêtes new-yorkaises pour les avoir fréquentées et s’il parlait aussi bien du plouc débarquant dans la mégapole dans l’espoir de se faire un nom, c’est parce qu’il parlait avant tout de lui. Il décide alors d’écrire un scénario dans la veine d’American Graffiti avec une idée un peu vague (raconter les errances des adolescents des années 70) et de tourner le film, à la manière dont on tournait les films dans les années 70, en tentant de retranscrire l’atmosphère d’une époque faste éteinte. Étudiant le cinéma à l’université de Columbia, Mark Christopher a comme prof un certain Paul Schrader qui lui prodigue quelques conseils. Il finalise son script et le présente à Miramax en 1995 en ayant en tête un public nostalgique de ces années. Le studio adore les premiers rushes qui lui sont envoyés. 

Au moment du tournage, le casting n’était pas aussi populaire, même si Mike Myers avait tourné Wayne World (il s’aventurait dans un vrai contre-emploi pour le coup, très sous-estimé à sa sortie). Mais, entre-temps, le public adolescent découvre Neve Campbell dans Scream, Ryan Philippe dans Nowhere, Souviens-toi l’été dernier et Sexe Intentions, et Mike Myers cartonne dans Austin Powers. Le studio comprend alors qu’il y a moyen de draguer un public plus large et demande à ce que tout le côté par trop sulfureux soit éludé. Paradoxalement, l’argument du mélange sexe-drogues-disco-antihéros bisexuel, jugé too much pour le public américain, va à l’encontre d’une époque où, les teen movie comme Sexe Intentions (adaptation ado pas négligeable des Liaisons dangereuses avec Sarah Michelle Gellar et sa grande scène d’humiliation sur Bitter Sweet Symphony de The Verve) adoraient ce genre de mélange. 

Du coup, un tiers du film original fut coupé au montage, et une demi-heure fut retournée ; une perte qui, selon l’aveu du réalisateur, faisait perdre le cœur du film. «Ce nouveau montage était si différent du film original que mon producteur le surnomma « Studio 55 ».» assure le cinéaste dans le dossier de presse. Un travail de montage et l’ajout d’une voix off ouvrant le film (absente de la version studio) avec Ryan Philippe, maintenant âgé de 40 ans. Selon la légende, c’est grâce au superviseur de la postproduction qui a retrouvé in extremis les restes du film dans un entrepôt au milieu du désert (!) au milieu d’une pile de VHS prêtes à être détruites que ce nouveau montage a été possible. On est underground ou on ne l’est pas.

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