Au fait, on a vu « Strange Darling » de J.T. Mollner (et c’est bien)

LES ETOILES DE LA REDAC

Lucie Chiquer
Gérard Delorme

Touché, c’est toi le chat. En pleine campagne de l’Oregon, un coup d’un soir s’intensifie au point de dégénérer en un jeu du chat et de la souris carabiné, mené par un type bien ravagé qui s’avère être un serial killer. Sa victime? Une femme clopin-clopante apeurée à tel point que sa réponse au débat «Une femme seule en forêt préfère-t-elle se retrouver face à un ours ou face à un homme?» se devinerait très facilement.

Love hurts, love scars, love wounds. Les paroles popularisées par Nazareth et ici interprétées façon indie rock résonnent à mesure qu’une femme cavale en slow-mo dans les hautes herbes pour sauver le peu de peau qui lui reste. Le noir et blanc s’estompe pour révéler les couleurs électriques du 35mm et la séquence titre du film, mais surtout, sa structure atypique: Strange Darling de JT Mollner (inconnu au bataillon) est un thriller en six chapitres dont l’ordre se veut volontairement décousu, dans un geste tarantinesque assumé.

Commençons par les trois premiers. D’abord, la course poursuite en bagnole du chapitre 3 avec un prédateur incarné par Kyle Gallner (vu dans la génialissime scène d’ouverture de Smile 2), lunettes jaunes à la Dahmer sur le nez, et une proie tout de rouge vêtue jouée par Willa Fitzgerald. Une séquence introductive qui donne le ton – anxiogène et fiévreux – relayée du chapitre 5 où la traque se poursuit dans une maison, puis de la rencontre des deux protagonistes lors d’un date dans le chapitre 1. La classique histoire du loup et du petit chaperon rouge? Oui, mais non. Car ce qui s’amorce comme un soupçon de défiance autour de l’agencement possiblement trompeur des chapitres se mue en véritable scepticisme. Car qui dit découpage dit manipulation du récit, avec son lot d’informations cruciales gentiment dissimulées…

Tout se décante au chapitre 4. Dans la foulée d’un petit déjeuner typiquement ricain cuisiné sous nos yeux de façon absolument horrifique tant il semble réfuter l’existence du cholestérol (recette en fin d’article), la tournure des évènements ébranle toutes nos croyances. Sa nature sera ici gardée secrète, histoire de ne pas vous gâcher l’expérience. La seule chose que l’on puisse dire: si Strange Darling se retrouve pris au piège de son propre mécanisme, aussi ludique soit-il, il convient d’avouer que son ambiguïté autant que son génie repose surtout sur ses deux acteurs bourrés d’ambivalence. Malléables, leurs performances s’adaptent à la perspective adoptée, si bien qu’il devient extrêmement tentant de croire au mensonge qu’ils nous racontent en première partie du film. Et puisqu’il s’avère plus simple d’acquiescer que de questionner, la crédulité l’emporte face au doute.

Strange Darling n’est pas un film d’horreur dans le sens traditionnel du terme: l’horreur se situe à l’extérieur de l’écran, dans les yeux de celui qui se complait, sans broncher, à croire en la facilité. Comme à ce disclaimer en début de film qui nous informe que l’histoire se base sur les faits réels d’un tueur en série actif de 2018 à 2020. Il n’en est rien. De ce film, on en ressort finalement avec une seule certitude: plus de dates Tinder jusqu’à nouvel ordre.

*Recette pour deux (les quantités sont approximatives):
Faites fondre la moitié une plaquette de beurre dans une poêle et faites-y cuire 6 œufs au plat. Dans une autre poêle, faites revenir 8 saucisses puis mettez-les de côté. Dans leur graisse, faites vos pancakes. Puis dans une assiette, superposez les aliments de la manière suivante: pancake, œuf, saucisses, puis encore du beurre, ajoutez ce qui s’apparente à des myrtilles en conserve, encore un pancake, beaucoup trop de sirop d’érable, de la chantilly, et pour finir, une jolie petite fraise. Bon appétit.

1h 36min | Epouvante-horreur, Thriller
De J.T. Mollner | Par J.T. Mollner
Avec Willa Fitzgerald, Kyle Gallner, Barbara Hershey
Strange Darling n’est pas un film d’horreur dans le sens traditionnel du terme: l’horreur se situe à l’extérieur de l’écran, dans les yeux de celui qui se complait, sans broncher, à croire en la facilité. Comme à ce disclaimer en début de film qui nous informe que l’histoire se base sur les faits réels d’un tueur en série actif de 2018 à 2020. Il n’en est rien. De ce film, on en ressort finalement avec une seule certitude: plus de dates Tinder jusqu’à nouvel ordre.Au fait, on a vu "Strange Darling" de J.T. Mollner (et c'est bien)
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