Créateur indépendant de jeu vidéo depuis 2015, Sam Barlow a signé en 2022 son chef-d’œuvre – et à un Elden Ring près le jeu de l’année. Immortality, c’est son nom, est le pinacle des FMV (pour Full Motion Video) réalisés indépendamment par l’auteur. Ces jeux mettent en scène des acteurs, dans des séquences qui sont comme des petits films que le joueur peut manipuler, afin de démêler une intrigue souvent conçue comme une enquête. À ce genre passé de mode depuis la fin des années 2000, Barlow lui a redonné ses lettres de noblesse. Succédant à Her Story en 2015 et Telling Lies en 2019, Immortality transcende le dispositif des FMV pour l’intégrer dans un jeu où le cinéma est placé en son centre. À l’aide d’une table de montage, le joueur visualise des chutes de trois films oubliés mettant en scène Marissa Marcel, une actrice mystérieusement disparue. En plus de ces éléments, il est également possible de fouiller des archives telles que des interviews, des reportages ou encore des images issues des coulisses des films. Il est stupéfiant de voir le soin apporté aux images cinématographiques qui constituent la matière visuelle d’Immortality, et qui font état d’un vrai travail de cinéaste. Par son intrigue et ses références, Immortality se place dans le sillon de Sunset Boulevard, La Double vie de Véronique ou Mulholland Drive. Sam Barlow peut lui se targuer d’avoir poussé à son paroxysme la frontière entre jeu vidéo et cinéma, et peut revendiquer le titre de génie des deux médiums. M.B.
