La gouaille, la beauté et l’insolence de l’enfance dans le corps d’une fine silhouette de femme: c’était ce qui frappait lorsqu’on voyait Anouk Grinberg qui, après avoir multiplié les petits rôles, explosa dans les années 90 lorsque Bertrand Blier en fit sa muse: c’était l’enchaînement de Merci la vie, Un deux trois soleil et de Mon Homme où elle tient à chaque fois le premier rôle, se tenant en soleil au-dessus de tout. Étrangement, cette trilogie «grinbergienne» a, depuis, été délaissée par les cinéphiles. Les rapports hommes/femmes made in Blier feraient probablement hurler aujourd’hui, c’est certain, mais rien n’enlève la beauté casse-gueule et sidérante de ces trois poèmes (peut-être les plus grands du cinéaste même) où Anouk, possédée, incarnait tous les registres jusqu’au plus soif. Et puis soudain, la distance, la discrétion. Elle a préféré le théâtre, la peinture. Et là, en un an, pas moins de quatre films! Si on passe sous silence Les volets verts ou Tromperie, on ne peut que féliciter sa présence dans L’innocent, de Louis Garrel en amoureuse de taulard fofolle, gueulant à tout rompre sur du Herbert Léonard, et dans La nuit du 12, de Dominik Moll, où ses quelques minutes de présence s’imposent, l’air de rien, comme une superbe clef de voûte au récit. Un come-back qui rend instantanément le smile et qui, on l’espère, ne s’arrêtera pas de sitôt. J.M.
