[STAR CHAOS 2019] NADAV LAPID

En 2019, le cinéma français a encore une fois démontré sa santé éclatante à travers des films d’auteurs de qualité, des récompenses dans les plus grands festivals et des succès venant titiller les grosses cylindrées Hollywoodiennes sur notre territoire. Toutefois, peu d’œuvres ont su se montrer aussi inventives et radicales que Synonymes de Nadav Lapid – seul le beau Jeanne de Bruno Dumont peut contester cette vérité. Le meilleur film français vu en 2019 aura donc été réalisé par un cinéaste israélien.

Si on savait l’auteur du Policier et de l’Institutrice déjà essentiel dans le paysage cinématographique contemporain, par son regard critique sur son pays d’origine, par sa mise en scène limpide, loin de l’épate festivalière, ou encore par le savant mélange de calme et de tensions qui parcourt ses films, il était difficile de prévoir la flamboiement de Synonymes. Ce troisième long métrage est une dynamite qui explose les étiquettes auxquelles on pourrait le rattacher. Il est une réminiscence inattendu et salutaire de l’esprit libertaire et effronté de la Nouvelle Vague, jusque dans sa réalisation nerveuse, souvent en rupture et en décalage.

Synomymes est un film d’expatrié, comme son protagoniste, Yoav, qui ne veut plus être israélien, jusqu’à en renier la langue. Ou bien, il serait plus juste de parler de film apatride car Yoav n’arrivera pas non plus à devenir complètement français, malgré ses efforts extrêmes pour en singer les habitudes, la gestuelle, la langue, l’appartenance. Surtout, il porte un regard si singulier sur la France que le spectateur français se retrouve forcément dépaysé.

Synonymes est une proposition cinématographique parmi les plus belles de la décennie, aux côtés des Holy Motors, L’inconnue du Lac, P’tit Quinquin, Elle, Les Garçons Sauvages ou encore Mektoub My Love. Juliette Binoche et le jury ne s’y sont pas trompés en lui décernant d’ailleurs le prestigieux Ours d’Or au dernier Festival de Berlin. Une récompense qui lui a offert une sortie moins discrète dans les salles françaises (pour un succès relatif), et, on l’espère, une présence aux futurs César. 

L’incroyable Tom Mercier, jeune acteur n’ayant jamais tourné avant Synonymes, sera d’ailleurs de la partie, parmi les espoirs masculins. Un prix qu’il devrait remporter haut la main, tant il aura été une apparition à la fois burlesque, malléable et érotique. Une aura qu’il dégage notamment grâce au regard émerveillé et expérimentateur de Nadav lapid, qui y a projeté à la fois des fragments autobiographiques (Synonymes s’inspire du passé du réalisateur) et une grand part de fantasmes. On ne sait pas encore de quoi sera fait le futur de Nadav Lapid, mais on l’imagine mal ne pas se faire une place au sein du paysage cinématographique français, pour le plus grand plaisir de nos pupilles assoiffées de toiles chaos.

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