[STAR CHAOS 2019] BONG JOON HO

Il aura donc fallu attendre 72 éditions du Festival de Cannes pour voir enfin la Corée du Sud, grand pays de cinéma, obtenir sa première Palme d’or – succédant ainsi au Japon, à la Chine et à l’Iran dans la liste des pays asiatiques palmés. Après deux dernières éditions au cours desquelles les films sud-coréens (Le Jour d’après de Hong Sang-soo en 2017, Burning de Lee Chang-Dong en 2018) faisaient partie des meilleurs, c’est donc Bong Joon Ho qui aura été le premier à avoir cet honneur, avec son énorme Parasite.

Si Parasite n’est pas le chef d’œuvre de Bong Joon Ho – il s’agirait plutôt de Memories of Murder, ou bien de The Host -, il est toutefois la parfaite synthèse du cinéma du cinéaste: une hybridation des genres, du thriller macabre à la satire sociétale. Le succès monstre de Parasite en salles françaises, dépassant 1,6 million de spectateur, soit le plus grand succès pour une Palme d’or depuis Farenheit 9/11 en 2004, exprime d’ailleurs l’impressionnante capacité du film à faire la synthèse entre cinéma populaire et cinéma d’art et d’essai.

Une qualité qui manquait dans les deux projets occidentaux du réalisateur sortis au cours de la dernière décennie. Snowpiercer et Okja n’étaient pas dénués de sauvagerie, d’un discours politique et d’un sens aigu de la mise en scène, mais ils étaient marqués par une certaine artificialité et un certain lissage. Parasite amorçait donc un retour au pays d’origine du cinéaste, avec une œuvre sur le papier moins ambitieuse que cette parenthèse occidentale. Toutefois, le minimalisme et la forme du huis clos qui caractérisent le film sont dynamités par la maestria visuelle et scénaristique de Bong Joon Ho. Parasite est un film qui en contient plusieurs.

Voir Bong Joon Ho triompher lors du dernier Festival de Cannes aura donc été l’un des moments les plus chaos de l’année, alors qu’on redoutait une nouvelle consécration des Dardenne ou bien de Ken Loach. La success story Parasite ne semble d’ailleurs pas prête à prendre fin, au vu de l’accueil fait au film aux Etats-Unis – déjà 11 millions de dollars de recette pour une œuvre qui a commencé sa carrière dans 3 salles. Archi favori pour l’Oscar du meilleur film étranger, il se murmure qu’un destin similaire à The Artist pourrait attendre Bong Joon Ho et son bébé, soit une nomination à l’Oscar du meilleur film et à l’Oscar du meilleur réalisateur. C’est tout le mal que l’on souhaite à l’un des cinéastes les plus talentueux et fascinants de notre temps, afin de voir rayonner pour de bon la cinématographie sud-coréenne qui n’en finit plus de nous pondre des chefs-d’œuvre depuis au moins deux décennies.

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