Ah, le jeu de la bouteille. Fin de soirée pour ados en manque d’audace, coincé entre les chips molles et la sueur hormonale. On le croyait rangé dans le grenier des souvenirs gênants, et voilà que Hollywood décide de le sortir pour un film d’horreur. Pas un court-métrage nerveux, non. Deux heures. Deux heures pour voir une bouteille tourner. On sent déjà l’ennui s’installer, comme un invité qui ne veut plus partir.
Gavin Wisen, le capitaine du projet, croit exhumer un concept d’« objet maudit » à l’ancienne. Sauf qu’au lieu d’un petit bijou vénéneux, il livre une coquille vide, remplie de clichés recyclés comme des décorations de fête foraine. Porte qui grince, lumière qui clignote, groupe qui se sépare, jumpscares mollassons… tout y est, mais rien ne pique. La peur se dilue dans un catalogue de tics visuels, comme si la mise en scène elle-même avait déjà abandonné.
Ça démarre en 1978, dans la cave poussiéreuse d’une ado texane. On s’ennuie, on sort la bouteille, on embrasse à la chaîne, et on réveille une entité fantomatique qui devait roupiller là depuis trop longtemps. Trente ans plus tard, le massacre est devenu légende locale, et Cole, fils d’une survivante (Ali Larter, en mode Destination Finale fatigué), reçoit l’ordre sacré de ne jamais descendre à la cave. Évidemment, il y descend. Évidemment, ses potes suivent. Évidemment, ils rejouent. Évidemment, la malédiction revient.
La bouteille, censée être l’épicentre du mal, n’est qu’un prétexte. Pas de vraie mécanique narrative, pas de piège qui se resserre, juste une excuse pour enchaîner les morts convenues. La tension retombe avant même d’exister. Un semblant de course-poursuite aurait pu réveiller la salle, mais Wisen l’expédie comme un devoir bâclé.
Justin Long campe le flic sceptique, l’air de se demander quel chèque justifie sa présence. Ali Larter recycle sa panique, mais sans conviction. Les ados, eux, rivalisent d’idioties avec la constance d’un métronome : ouvrir des portes interdites, se séparer au pire moment, tout y passe. On ne se demande pas qui mourra, mais jusqu’où ils pousseront la stupidité.
Et puis il y a cette classification -13 ans aux États-Unis, camisole invisible qui interdit toute vraie violence. Pas de gore jouissif, pas de choc visuel, pas même une image qui gratte la rétine. Les apparitions surnaturelles tiennent plus du décor d’attraction cheap que du cauchemar.
Par moments, on aperçoit des éclairs d’un autre film possible : un plan plus inspiré, une ombre menaçante. Mais ça se dissipe aussitôt. La promesse d’un mythe cruel, d’une malédiction évolutive, s’évapore dans une répétition stérile : tourner, embrasser, mourir un peu et recommencer.
En fin de compte, Spin the Bottle, visible pour les plus vaillants sur Paramount+, n’est pas un ratage flamboyant, c’est un vide abyssal, mais poli. Un film qui se regarde comme on feuillette un vieux magazine froissé dans la salle d’attente d’un dentiste. On voulait un frisson adolescent déformé en cauchemar, on hérite d’un diaporama d’horreur générique. La bouteille tourne, mais elle n’atterrit jamais sur quelque chose qui vaille le coup.
| 2h 04min | Epouvante-horreur De Gavin Wiesen | Par John Cregan Avec Ali Larter, Justin Long, Ryan Whitney |



